* * * * * Textes divers, dont une chronique "En marge du site Mireille Sorgue".

Bienvenue...

sur le blog de François Solesmes,
écrivain de l'arbre, de l'océan, de la femme, de l'amour...,
dédicataire de L'Amant de Mireille Sorgue.


Le 1er et le 15 de chaque mois, sont mis en ligne des textes inédits de François Solesmes.

Ont parfois été intégrées (en bleu foncé), des citations méritant, selon lui, d'être proposées à ses lecteurs.


La rubrique "En marge du site Mirelle Sorgue" débute en juin 2009 , pour se terminer en juin 2010 [ en mauve]. Deux chapitres ont été ajoutés ultérieurement, dont un le 1er octobre 2012. A chercher, dans les archives du blog, en mai 2010 (1er juin 2010), à la fin de la "Chronique en marge du site de Mireille Sorgue".
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BIBLIOGRAPHIE THEMATIQUE

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LA FEMME
Les Hanches étroites (Gallimard)
La Nonpareille (Phébus)
Fastes intimes (Phébus)
L'Inaugurale (Encre Marine)
L'Étrangère (Encre Marine)
Une fille passe ( Encre Marine)
Prisme du féminin ( Encre Marine)
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L'AMANTE
L'Amante (Albin Michel)
Eloge de la caresse (Phébus)

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L'AMOUR
Les Murmures de l'amour (Encre Marine)
L'Amour le désamour (Encre Marine)

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L'OCEAN
Ode à l'Océan (Encre Marine)
Océaniques (Encre Marine)
Marées (Encre Marine)
L'île même (Encre Marine)
"Encore! encore la mer " (Encre Marine)

*
L'ARBRE
Eloge de l'arbre (Encre Marine)

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CRITIQUE
Georges de la Tour (Clairefontaine)
Sur la Sainte Victoire [Cézanne] (Centre d'Art, Rousset-sur-Arc)

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EDITION
Mireille Sorgue, Lettres à l'Amant, 2 volumes parus (Albin Michel)
Mireille Sorgue, L'Amant (Albin Michel) [Etablissement du texte et annotations]
François Mauriac, Mozart et autres écrits sur la musique (Encre Marine) [ Textes réunis, annotés et préfacés]
En marge de la mer [ Texte accompagné de trois eaux-fortes originales de Stéphane Quoniam ] Éditions "à distance".
Galets[ Texte accompagné des trois aquatintes de Stéphane Quoniam ] Éditions "à distance".
Orages [ Texte accompagné d'aquatintes de Stéphane Quoniam] Editions "à distance".

Textes publiés dans ce blog / Table analytique


Chroniques
Mireille Sorgue
15/03/2009; 15/06/2009-1er/06/2010
L'écriture au féminin 1er/03-15/12/2012
Albertine (Proust) 15/01-15/02/2011
Les "Amies" 1er/03-1er/04/2011
Anna de Noailles 1er / 11 / 2017 - 1er / 01/2018
Arbres 1er/06-15/08/2010
L'Arbre en ses saisons 2015
L'arbre fluvial /01-1er/02/2013
Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo 15/10 - 15/11/2015
Mireille Balin 15/11/10-1er/01/2011
Rivages 15/02-15/04/2013
Senteurs 15/09/2011; 15/01-15/02/2012
Vagues 1er/10/2011-1er/01/2012
"Vue sur la mer" été 2013; été 2014; été 2015; été 2016
Aux mânes de Paul Valéry 11 et 12 2013
Correspondance
Comtesse de Sabran – Chevalier de Boufflers 15/01/14-15/02/14
Rendez-nous la mer 15/03 - 1/06/2014
Séraphine de Senlis 2016

Textes divers
Flore

Conifères 15/06/2014
Le champ de tournesols 15/07/2010
La figue 15/09/2010
Le Chêne de Flagey 1er/03/2014
Le chèvrefeuille 15/06/2016
Marée haute (la forêt) 1er/08/2010
Plantes des dunes 15/08/2010 et 1er/11/2010
Racines 1er/06/2016
Sur une odeur 1er/03/2009
Une rose d'automne 15/12/2015-15/01/2016
Autour de la mer
Galets 1er/07/2010
Notes sur la mer 15/05/2009
Le filet 15/08/2010
Sirènes 15/09/2018
Autour de la littérature
Sur une biographie (Malraux-Todd) 1er/05/2009
En marge de L'Inaugurale 1er/01/2009
Sur L'Étrangère 15/06/2010
De l'élégance en édition 15/06/2009
En écoutant André Breton 15/01/2009
Lettre à un amuseur public 1er/02/2009
Comment souhaiteriez-vous être lu? 1er/06/2009
Lettre ouverte à une journaliste 1er/09/2011
Maigre immortalité 10 et 11 / 2014
Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo 2015
La Femme selon Jules Michelet 2016
La Mer selon Jules Michelet 2016
Gratitude à Paul Eluard 1/05/2016

Autres textes
L'ambre gris 15/10/2010
Ce qui ne se dit pas 15/06/2010
La blessure 1er/12/2015
La lapidation 1er/09/2010
Où voudriez-vous vivre? 1er/04/2009
Pour un éloge du silence 1er/10/2010
Sur le chocolat 15/04/2009
Annonces matrimoniales 15/04/2011
Tempête 15/02/2009
Le rossignol 1er et 15/05/2011
Nouveaux Murmures mai et juin 2013
Variations sur Maillol 15/01/15
Sexes et Genre 02/15 et 01/03/15
Correspondances


OEUVRES INEDITES
Corps féminin qui tant est tendre 1er janvier - 1er septembre 2018
Provence profonde 15/10/2016 - 15/10/2017
Sirènes (pièce en 5 actes) 1er octobre - 1er décembre 2018


mercredi

15 mai 2013 Les Nouveaux Murmures (2)



l'amoureuse   (2)
*
Ma mère ne m'avait pas dit que le bonheur peut rendre une fille inquiète, grave, et comme désorientée – à son grand contentement.
*
J'ai, avec toi, ce double sentiment, d'être en sûreté et de ne pouvoir être en paix avec moi, si démunie. Aussi n'ai-je pleine conscience d'exister que lorsque tu fais de moi une brassée de vie.
*
Que je pense à Toi (la majuscule s'imposant), et un vertige menace. Et je cherche des yeux, devant moi, l'abîme qui doit s'y trouver.
*
Je ne peux plus me promener seule dans la rue et surtout dans la campagne : une main se referme, pour l'enclore, sur l'une des miennes. Parce qu'on a flatté mon corps, il ronge son frein entre des murs. La vie neuve qui l'anime veut l'air libre, à ciel ouvert, pour se mesurer torse à torse avec l'espace. Une montagne serait proche, que j'en gagnerais le sommet pour me dominer de haut, multiple, éparse, unanime. Le bonheur pour seul et simple élément.
*
Ta douceur me meurtrit à l'image d'un matin, seule au bord de la mer.
*
Pourquoi le beau temps me met-il à ce point à la torture ? Me rend-il si vulnérable ? C'est une femme dépenaillée, en grande détresse, qui te demande : « Console-moi ! Sauve cette heure plus vaste que nous… Et périssable. Enferme-moi entre tes bras, comme chose menacée. Seule, ce beau temps est au-dessus de mes moyens. »
*
Que tu sois nourrit ma véhémence native ; aussi y a-t-il des jours où j'apprends à demeurer immobile. Où je ne fais que t'effleurer en pensée, dans un silence de feu de bois ou de forêt à l'aube. Des jours où la plus innocente de tes caresses susciterait la levée en masse de mon sang.
*
Que vaut d'avoir un homme dans sa vie, s'il ne draine à lui vos pensées, n'entrave votre souffle, n'évase votre regard – l'angle de vos paupières aux dimensions d'un golfe ?
*
Mes actes, avant toi, n'engageaient que moi. À être, je le crois, le beau souci de quelqu'un, j'en suis meurtrie de tendresse. Avec l'envie de me taire, coite sur mon aise, auprès de toi.
*
Je souris d'émerveillement à cette pensée : je ne suis plus libre ! On se sent si pauvre, femme, à être libre ! Toi, tu me prends à la gorge, là où toute ma vie se resserre. Et me voilà fondante, fluide. On me boirait.
Je ne suis pas libre ? Je ne me suis jamais sentie, depuis mon adolescence, à ce point délivrée de moi.
*
J'étais frondeuse, tu m'as rendue docile à l'amour. Être celle qu'il exige, sera me pavoiser. Mais il ne me fait pas la vie facile ! Une vie dense, étroite, aux incessantes résurgences. À vous en fermer les yeux.
*
Femme je suis, qui se polit à t'invoquer, à aller vers toi ; et que sa joie fait toute neuve.
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À mes compagnes encore dans les limbes, je dirais : « Je suis une fille "perdue" ! Mon ventre vous semble plat ? Il m'a engrossée de tendresse. »
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Les jours avec toi n'en finissent pas de commencer tant tu es l'inattendu, jusque dans nos rites…. Tant j'éprouve avec toi la fraîcheur d'être au monde. Le désert autour de nous – qui nous dévisage ? Et ce mot d'imminence à mes lèvres.
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Je vis chacune de nos journées comme si elle était la dernière ; aussi la plus ordinaire n'est-elle jamais commune.
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Qu'il était restreint, le spectre des sensations où je vivais avant toi !
Tu me rends plus réceptive à ce qui m'entoure, plus consciente de mes gestes – que tu observes avec faveur quand, déliés, ils s'insèrent sans heurt dans le proche espace. (Je te sais moins indulgent pour ceux qui détonnent avec l'image que tu te fais de moi. Conviens seulement qu'il faut parfois consentir à la prose, en ce bas monde …)
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Je te dois de m'avoir disposée à la contemplation : ouvrir grands les yeux pour ne rien laisser perdre de ce que tu es, de ce que tu dis. De ce qui se dépose en moi, en ta présence. De ce dont ta voix me donne faim.
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Les journées que tu me fais ? Celles d'un avare tout occupé de son or…
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Lustrée par le bonheur de me sentir pesante d'amour, me voilà lestée pour les grands fonds.
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Tu me ferais bien croire qu'il est des bonheurs au-dessus de vos forces ! Qui vous harassent l'âme !
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On me trouve vive, aimable. Mais mes sourires pour autrui relèvent du réflexe conditionné. Ils n'ont rien à voir avec celui qui, monté de mon tréfonds, vient s'épanouir par toute ma face quand je te retrouve, et qui est sourire d'assentiment, de reconnaissance, de don sans réserve. Cependant que tu dois penser que je te souris en ravie de village !
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Vive, je le suis. Il n'est que ta main sur moi pour me faire gourde.
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Tu m'as appris à m'aimer un peu ; à oser prendre place parmi ce qui vaut qu'on le prise dans la création. Ce n'est pas la moindre raison que j'ai de te garder !
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Que tu existes me fait un port de reine, mais je ne passe pour jolie que parce que je te porte en moi – et que ça me monte à la tête. (Sauf qu'à te porter en moi, je vis parfois comme je peux !)
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C'est depuis ta venue que ma peau et ma lingerie n'entretiennent plus les mêmes rapports.
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Désormais, je me lave pour quelqu'un. À cela près que mon corps n'est plus tout à fait le mien puisque tu en as infusé chaque cellule. Aussi, dois-je nous faire lisses, nous lustrer.
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Quand tu es absent, je me fais nette de pied en cap pour mieux penser à toi. Affaire de cohérence. Action propitiatoire.
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Immatérielle, l'âme ? Elle a bel et bien une peau – et je la sens écorchée vive quand tu es loin.
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L'attente me creuse, m'affame. Me révolte : le temps cherche sa pente, et ce sera, pour tout ce qui, en moi – les yeux, la peau, le cœur – pourrait se réjouir, un jour perdu.
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Quand je suis heureuse d'être seule, c'est que tu es là, au plus près, invisible sauf pour moi. Et que tu me prêtes tes yeux pour voir à neuf le paysage.
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Ce n'est que rendue à moi-même que je sais quelle femme tu fais de moi, à l'ample respiration, au pelage lustré, à la bouche redoublée.
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Absent, je t'incante. Allongée sur le dos, je fais jouer la charnière de mes jambes. Assise par terre, ma tête reposant sur mes avant-bras qui ceignent mes genoux, j'enferme dans une ove, mon aise que tu sois – pour la mieux savourer.
*
Loin de toi, je me languis. Mais je préfère ton absence réelle à la fausse présence que tant de femmes connaissent au sein du couple.
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L'instant où, te retrouvant, je me jette vers toi ? Il est celui où, se sentant chanceler, on saisit à tâtons un garde-corps. Celui , aussi, où m'est insupportable que tu sois et restes l'Autre, inabsorbable, inévitable.

1er mai 2013 Les Nouveaux Murmures... (1)

LES MURMURES DE L'AMOUR
reliquat
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NOTE
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J'ai, pour la prosopopée, une propension coupable. Est-ce parce que les femmes, au long des siècles, ont si peu parlé d'elles au regard de la verbosité masculine, que j'éprouve un vif besoin de leur prêter ma voix, en prenant le risque de faire s'exprimer une organisation charnelle, spirituelle, affective, qui m'est étrangère ? Tout en sachant que le discours amoureux n'a plus cours, ou se voit réduit à ses rudiments.
Que le livre que j'ai publié sous le titre Les Murmures de l'Amour1 ait été tôt épuisé, m'incline néanmoins à penser que subsiste, chez certains, une nostalgie de ce langage.
J'avais dû, pour donner à l'ouvrage des dimensions raisonnables, écarter nombre de propos, en premier lieu de l'Amoureuse et de l'Amante. Peut-être trouvera-t-on intérêt à écouter quelques nouvelles bribes de leurs entretiens.
*
Maintes de leurs assertions feront sourire jeunes filles et femmes d'aujourd'hui. Certaines indigneront les féministes. C'est que l'amour est devenu « volatil » ; que les élégies romantiques ressortissent aux vieilles lunes ; que « l'amour fou » des Surréalistes n'est plus qu'un thème littéraire grevé d'utopie.
Ai-je tort de penser qu'une Madame de Rénal, une Anna Karénine et toutes les grandes amoureuses de la littérature auraient pu les formuler si les mœurs l'eussent permis ? Et non plus seulement des héroïnes de fiction, mais la très réelle Marie d'Agoult abandonnant mari, enfants, position sociale, pour s'enfuir avec le compositeur Liszt en lui disant : « Allons au désert et soyons tout l'un pour l'autre. » Sans parler d'une certaine Héloïse écrivant à son amant : « Quoique le nom d'épouse soit jugé plus saint et plus fort, un autre aurait toujours été plus doux à mon cœur, celui de votre concubine ou de votre fille de joie ; espérant que, plus je me ferais humble et petite, plus je m'élèverais en grâce et en faveur auprès de vous, et que, bornée à ce rôle, j'entraverais moins vos glorieuses destinées. » Un vœu qu'une Juliette Drouet fit sien jusqu'à une totale abnégation.
Et j'entends bien cette objection : À supposer que le discours amoureux, discrédité, n'ait pas périclité, en quel temps, de nos jours, trouverait-il place ? Il lui faut un climat de loisir, de lenteur ; des êtres reposés, enclins à honorer l'amour par le langage. Toutes dispositions qui ne se rencontrent plus – au vrai de moins en moins – que dans le roman. On s'étonne même que des hommes, des femmes, prennent encore le temps de lire La Princesse de Clèves, La Chartreuse de Parme ou Le Grand Meaulnes. À moins que ne subsistent quelques esprits, quelques cœurs résolus à conjurer, par des témoignages écrits, l'envahissement des terres habitées par « le désert de l'amour » .
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l'amourEUSE  (1)
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Tu es entré dans ma vie. Tu te tiens au beau milieu de moi et me voilà au centre des terres, du jour, de la vie, de l'enfance.
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Il y a longtemps que je t'aime ? À chaque instant, je commence à peine à t'aimer. Et le présent de l'amour annule en vous tout passé. Tout comme, énorme, il obstrue l'avenir.
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C'est un amour sans répit qu'avivent la beauté de l'heure, la crainte de ne le mériter, la douleur de ne savoir l'honorer ; de me trouver face à l'indicible. Et personne pour me secourir !
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L'amour : un surcroît, une distension de ciel, de mer, d'été, de peau.
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Je t'aime comme on va à sa perte. Comme on se noie.
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Je dis : « je t'aime » d'abord pour le plaisir de me l'apprendre : quelle meilleure nouvelle ?
Et si, m'aimant, tu commettais une méprise ? Je suis femmeMais cela seulement. Ce que tes bras enferment ? Aveugle et muette, la plus démunie des filles qui connaît le désespoir d'être amoureuse et de n'en avoir les moyens !
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Je me sens infirme – par excès d'amour ? – tels ces enfants qui ne peuvent ceindre de leurs bras le tronc d'un arbre.
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Ne pas te dire mon amour me donne le sentiment de te cacher quelque chose ; comme si je t'étais infidèle. Mais pour te rendre hommage, il faudrait vaincre la peur de ne le faire que pauvrement. Ah ! ce m'est tourment de ne pouvoir ni me taire, ni parler juste et haut, comme font si bien mon cœur, mon corps !
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Prendre ta mesure est difficile. Mais j'ai du plaisir à devoir lever la tête.
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Des femmes se vantent d'avoir aimé comme dans les romans. Mais la sourde allégresse que j'ai à t'aimer humblement – sans pour autant m'abaisser !
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Que te donnerais-je de précieux ? Le meilleur en moi me vient de toi. Accomplis-moi pour que je sois moins indigne que tu m'aimes. Rends-moi autonome pour que je te remette ma liberté : elle serait dans de si bonnes mains !
Certains préfèrent se tenir à l'ombre ; d'autres au soleil. M'importe seul de me trouver là où tu règnes, en un domaine, en un climat où l'on trouve sentiers où cheminer ensemble, étroits comme un lit, ombre végétale, nuages mordorés, mais aussi un souvenir de feu dans l'âtre, la pluie aux carreaux.
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Avec toi, il n'est d'arbre, de rocher, de sentier… que je n'entende crier son existence : « Je suis, avisez-vous en ! Pour vous en souvenir à l'heure des nostalgies… »
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J'aime les clairières. Debout, enlacés, elles font de nous des arbres géminés qui auraient échappé à la coupe. Elles leur procurent l'assemblée déférente qui les acclame en silence, à grands bras levés.
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Sache-le : je ne me déprends de toi que pour mesurer ce qui m'échoit.
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Auprès de toi, je fais provision de baisers, de caresses, de courage, et aussi de désespoirs multiples confondus en un seul : t'avoir dans ma vie et voir voué au néant, par l'un de tes sourires tendres, tout ce que je voudrais te dire !
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Même en marchant main dans la main, nous faisons l'amour : l'amour de vivre-ensemble. Deux moitiés de mangoustan accolés, par la saveur ! L'amour au ralenti, gorge striée de gratitude envers la vie. (En état de qui-vive !)
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Quand tu me prends dans tes bras, je vois la joie affluer à la ronde, à petits plis pressés – et nous assiéger, toute retraite coupée.
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Jusqu'en ta présence, il y a ce levain en moi de l'envie de te revoir – que rien n'entame.
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L'assise de détresse dans mon bonheur ? Ne savoir exprimer, par chacun de mes propos, de mes attitudes, ce qu'il entre d'essentiel, d'irrémédiable, dans l'amour que je vis. Avec le sentiment que tu attends de moi la parole, le geste irrécusables, que la situation appelle.
Ce fut d'abord ta voix. On y percevait quelque chose de contenu qu'il devait être passionnant de découvrir. La plupart ne vous apportent que des inflexions convenues. La tienne, gouvernée, promettait on ne savait quoi, mais propre à combler la brèche qu'elle s'ouvrait en vous, le vide dont elle vous donnait conscience. Vous sentiez, à l'entendre, confondues, la douleur ténue d'une fêlure, d'un manque, et une velléité d'espoir. Celui qu'elle puisse devenir légère, allègre, même. Il n'était plus que d'attendre. Que t'attendre. Ce que je sus, à la minute où tu pris congé, par le sentiment de solitude, d'inaccompli, qui m'envahit : on me jouait un mauvais tour ; la vie était injuste.
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À présent que tu m'aimes, ta voix me fait la peau friable. Elle me défait comme une rose qu'on aurait respiré trop fort.
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À t'écouter, je me resserre autour de moi pour n'en rien laisser perdre !
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À ta voix répond mon silence de femme comblée, béate, épanouie, acquiescante. De quoi te paraître rassotée.
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Je n'ai encore ouvert les yeux sur toi ; j' ai seulement, avec un sentiment d'inespéré, la sensation que tu sourds en moi.
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Ah, l'ombre portée sur mon âme que fait ton visage quand il va envahir, absorber ma face !
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Je goûte ton épaule : je peux y déposer la détresse que ton amour me donne et dont je ne veux guérir.
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Tu es cette évidence qui me bouleverse, me violente : en toi est ma perte, et ma chance d'être vivante au plus haut. Fourrée de frangipane jusqu'à la gorge.
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Tu es à mon commencement. Le moindre de tes gestes, de tes mots, m'y replace.
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Tu es celui qui m'introduit dans la création. Où je ne me sens pas étrangère mais désormais à ma juste place. Justifiée, confiante. Habitable par le désir de toi, la profusion de vie que tu m'as instillés.
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Pourquoi le geste le plus commun chez les autres hommes me paraît-il, chez toi, chargé de sens – à interroger ?
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Mon amour te voit imprévu jusque dans les rites. Tu conjures l'habitude.
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N'est-ce pas étrange ? Je tiens toute en ta main, or tu occupes en moi toute la place ! (Ce mouvement intérieur que j'ai, de me refermer sur toi, présent, absent... )
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Tu t'étonnes que je te touche parfois, apparemment sans raison ? C'est pour m'assurer que tu n'es pas un songe.
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Il est des moments où je t'oublie presque. Ils préparent l'instant où je m'avise que tu existes, au milieu de toutes choses, irréductible, irrémédiable comme au premier jour. De là, ta perpétuelle nouveauté. De là, pour moi, la sensation à neuf, du commencement : Quelqu'un vient de m'apprendre que tu es !
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Craindre pour ta vie, c'est pressentir qu'on serait affrontée à l'inconcevable, à l'inexprimable. On tremblerait à moins.
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As-tu déjà apprivoisé une bête ? Qui d'emblée te reconnut pour maître ? Je suis celle-là, et qui se sent – de quoi ? – sauvée. M'en vient une étrange sensation de maturation, d'un surcroît de chaleur autour de moi, comme si j'étais vêtue de fourrure. Abreuvée de lait tiède…
*
Tu as le pouvoir de me fermer les yeux sur un sommeil à ciel ouvert – qui suffirait à me nourrir.
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Je te reconnais pour mon maître. Un maître, ça vous libère d'abord si vous êtes captive, puis ça vous prend en mains si délicatement, si fermement, qu'on ne désire plus que demeurer là, indéfiniment, entre elles.
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Que feras-tu de moi ? Que pourrais-je faire pour ton aise ? – Voilà des questions qui me requièrent fort, avec attendrissement, et malice.
*
Est-ce pour augurer de l'amante future, que tu voudrais connaître mes fantasmes de jeune fille ? Celui-ci me revient : me caresser, dans un hamac, nue sous l'averse tiède qui accompagne les premiers grondements de l'orage, quand l'eau délivre les odeurs que la sécheresse bridait : celle de l'humus, des feuilles mortes, des murs à lichen. Le corps fusiforme enserré par les mailles du filet, me caresser, le bras reposant comme la rame à fond de barque.
*
1  Réimpression en cours. Parution en librairie mi mai.

lundi

15 avril 2013 RIVAGES


Par suite d'un problème de mise en ligne, une inversion des deux derniers extraits de Rivages s'est produite le 1er avril. L'économie du texte est maintenant rétablie.
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RIVAGES   (5)
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Que l'océan qui a vocation d'étendre son hégémonie jusqu'à recouvrer sa plénitude primordiale, puisse parfois prendre ses distances avec le continent, les falaises mortes nous l'enseignent. Et il est tentant, devant elles, de leur donner voix.
– « Oui, ce compagnon était turbulent ; éruptif, il me rudoyait dans ses enlacements mêmes, m'assaillait pendant des heures de sollicitations de plus en plus pressantes. Mais il ne s'éloignait que pour me revenir ponctuellement, me laissant croire que ses fugues temporaires ne tiraient à conséquence, et que je lui étais indispensable. Ainsi de ces couples régis par le « ni avec toi, ni sans toi » où un conjoint balance entre l'infidélité et la repentance.
« Je m'étais accoutumée à ses débordements ! À ses sommations – par jappements – où se manifestait son exaspération devant ma passivité, mon mutisme obstiné.
« Il se retirait mais en laissant un tel vide en l'espace, que le pouvoir d'aspiration de cette présence d'absence me ramenait l'inconstant, d'abord tout humble – l'oreille basse ! – puis reprenant vigueur, autorité : pourquoi se brider, puisque j'étais bien toujours là, résignée à endurer ses sévices ?
« Je le sentis peu à peu s'éloigner à la fougue moindre de ses assauts, qui étaient d'un homme aux pieds empêtrés ou lourds de glaise. Ses voltes jadis balayaient les débris qui jonchaient la plate-forme d'abrasion. Avait-il perdu de sa force ? Les gravats s'amassèrent en cordon entre nous. La vase noya les galets ; l'herbe – l'herbe ! – y poussa. Celle qui croît entre les tombes à l'abandon.
« De nos affrontements montait jadis, selon les jours, brouhaha ou tumulte. Un long temps, je perçus encore, par vent de mer, des efflorescences de rumeur. Je n'entends plus que le silence des sédimentations… »
*
Nul reproche. La muette dignité des femmes de Terre-neuvas qui, contre tout espoir, s'obstinaient à scruter l'horizon de mer.
Un vague étonnement doublé d'expectative s'attache aux édifices privés de leur destination, aux choses sans maître. Qu'est-ce alors qu'un rempart qui se voit retirer sa fin première : résister ? On opposait  pesanteur, cohésion, inertie, aux poussées conjuguées des flots et des airs, scandées par les criailleries de mouettes, et rien, jamais, ne met plus à l'épreuve votre résolution. On relevait de la roche mais avec la fonction de guetteur, et voici que, bâillonné, regard éteint, on s'enlise en terre arable, gagné par sa sclérose et sa ténébre.
*
*
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Falaise morte… Qui visite Brouage, sur la côte de Saintonge, doit en convenir : quelques siècles suffisent à l'océan pour faire d'un port rival de La Rochelle, une bourgade captive de prés et de marais.
À gravir, une fois dans la place, un escalier de pierre, on s'attend à être, sur les remparts, assailli de la lumière ascendante, en oblique, des plans marins : « Je vais dominer une étendue liquide, tumultueuse. Cerné par un panorama qui, de toute part affluant, se jettera à ma face, j'aurai à me raidir contre un espace dense, en migration. Je serai salué par une ovation de rumeur… »
Il n'y aura d'empoignade de l'espace, mais, à la ronde, un silence d'alluvions où le pépiement de passereaux s'est substitué au clabaudage des goélands ; à la fourmillante rumeur des flots,le bruissement de feuillus qui n'ont à craindre un air corrosif,.
Des vestiges de salines l'attestent, et l'étroit chenal qui peine à joindre l'agglomération à une côte conjecturale, c'est bien l'océan qui, en prenant ses distances, nous vaut, à l'Ouest, cet horizon de plaine encombré de haies, et, avec lui, le composite, l'intriqué, le fini, là où le dépouillement, l'infini, sapaient continûment la cité. Et que dérisoires, incongrus, paraissent des remparts que la grandeur ne ceint, ni ne couronne plus !...
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Maintes villes ont un horizon de plaine, de coteaux ou de monts ; elles ont fait le choix du continent – dont elles attendent leur essor.
D'autres, adossées à la terre, ont voulu avoir « vue sur la mer ». Et qu'importe qu'elles soient corsetées de remparts, si le large vient battre à leur pied ; si passe, au-dessus des murs, le souffle vivifiant de l'immense ; si l'espace où l'on se meut – où l'on aime –, est pollennisé de rumeur ?
Vivre entouré de terres, soumis à une durée que module la seule substitution du jour en nuit, de la nuit en jour, vous éduque à la prose, vous incline à la permanence.
Que l'océan soit tout proche, et passe alors sur la cité, à intervalles réguliers, un ruissellement d'averse immatérielle qui est réjouissance d'airs dépoussiérés, de feuillages qu'on lustre. À intervalles rigoureux, la ville connaît un long temps d'aspergès – et c'est bien une eau lustrale qui lui est prodiguée, jusqu'à colorer, infléchir le sommeil des hommes et des bêtes. Aspersion, submersion ; et son enceinte en grand appareil, aux saillants offensifs, ne la défend de cet envahisseur qui, par sa rumeur, la rappelle à sa vocation : l'aventure et la guerre. Elle peut bien s'amarrer au continent : elle s'est disposée pour l'Ailleurs ; s'est soumise à la souveraineté de l'Élément. Et le Souffle, deux fois le jour, l'arrache à l'inertie, à la gravité ; il pulvérise ses fortifications.
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La cité de Brouage a-t-elle dérogé à son rang ? Est-ce caprice du tout-puissant suzerain ? Elle est tombée en disgrâce ; on la repousse hors de la vue ; on lui retire ses privilèges, on la condamne à la roture.
Elle n'est pas même « le navire à l'échouage » dont parle Chateaubriand. La tourbe et l'herbe, par une insensible remontée, envahissent la place ; des arbres croissent sur ses remparts.
Plus rien ne vient empêcher la pesanteur de se prendre en masse ; ni bousculer l'eau résiduelle de douves combles de vase. La fange règne sans entrave, que ne visite plus l'Esprit. Et tout l'espace d'en être endeuillé.
Très haut, passent avec nonchalance des nuages venus de mer, figures de l'indifférence ou du dédain. En bas, autour de murailles à la morgue dégradée, la stupeur n'en finit pas de prendre corps.
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Les Murmures de l'amour       
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L'amoureuse
Ce motif de surprise, d'inquiétude : se peut-il qu'un être – un homme – pèse sur terre autant qu'un mont, et fasse ombre à tout autre ?
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L'amoureux
Te rends-tu compte ? Né femme, je t'aurais sans doute admirée, mais non tenue pour l'aubaine même. Que j'ai donc de plaisir à être homme pour ce mélange de fascination et de gratitude qui me fait ton sujet !
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François Solesmes, Les Murmures de l'amour, Encre marine.
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1er avril 2013 RIVAGES



  
rivages   (4)
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Plage, est-on tenté de dire, tu es la figure la plus achevée de la concorde entre les éléments ! Et c'est sur un tel rivage que, la terre parcellaire derrière moi, une ronde immensité pour assise, j'ai vu, certains jours d'été donner leur pleine mesure.
C'est le matin et la marée monte par grands plis instables. L'espace en croissance se soulève, s'arrache à soi, se dissipe devant nous, à travers nous. Un hourvari liquide nous enferme dans une tour ruisselante de lumière, de brume, d'ombre, on ne sait. Dans une haute tour de feuillage traversée de vent noir. Dont nous voilà captif pour un temps indéterminé, nos sens occultés, et le paysage se peignant en grisaille.
Abreuvé de pureté, submergé de puissance, on dispose moelleusement de nous. Nous sommes à la fois hors d'atteinte et sans cesse menacé d'un glissement de terrain, le ciel se trouvant entraîné avec l'étagement des strates de marnes bleues, vertes, et les soudaines surrections de neige. Avec le front de mer broché de brefs torrents abrupts.
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Toujours surgit tantôt l'éclair brouillé d'écume, tantôt la fougère géante ; toujours se déchirent des panses de vent ; s'affirme l'avènement du sel et du givre.
« Toujours ». Rien ne saurait rendre la continuité du désordre qui assujettit désormais nos pensées, nos sensations, notre horizon mental. On nous a établi à demeure dans l'excessif, dans ce qui s'outrepasse. La grâce que nous demandons parfois – d'un silence pur, d'une eau close et circonscrite – nous est refusée. La mainmise sur nous, de la forêt hercynienne et du déluge conjugués, ne se relâche une seconde. Nous sommes voués à la permanence d'une agression universelle et feutrée, celle d'un ÊTRE démesuré dont l'essence et l'aspect sont sans fin remis en question ; si bien que nous perdons l'espoir de pouvoir hasarder un mot en ce milieu pulvérulent, colonisé par le murmure d'une assemblée en attente.
Nous sommes affrontés, hommes à lourde nuque, à une insurrection de nouveauté, de crudité, qui disperse la cendre de nos jours anciens.
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Que le rivage soit parsemé d'écueils ou de brisants, et la vague doit composer avec eux. Elle y déchire ses volutes, se déconcerte, fait retour sur soi et s'affaisse. Qu'elle rencontre, uni, un large estran sableux comme en côte landaise, et on la voit s'accomplir en son plein déroulement.
Elle accourait par une étendue sans fond selon la progression disciplinée d'un train de houles, et voici que la plate-forme littorale devient pour elle réalité. Donnant tous les signes d'une invincible répulsion, elle se ramasse sur elle-même et l'on voit dans l'instant la colline s'enfler en montagne à la crête acérée, incurvée d'ombre ; le mouvement de l'enroulement sur soi du nautile se conjuguant à une avancée irrépressible. Voici, simultanés, le sursaut et le cabrement devant un invisible obstacle, l'enflure monstrueuse, l'imbrication de croupes et d'encolures, du lisse et du rugueux, de la tresse et du bandeau. Et pour nous qui nous tenons pourtant à quelque distance, le sentiment d'une paroi dressée nous menaçant de son déséquilibre – mais n'est-ce pas tout le réel qui est devenu précaire, comme en témoigne ce grondement avant-coureur d'un séisme ? Nous sommes devant l'outrance et l'exaspération. Et l'imminence. C'est gueule ouverte qu'on s'avance vers nous, toutes incisives dehors.
Une muraille d'eau nous explose à la face – qui s'empoussière d'embruns. Inéluctable, attendu, ce fut si soudain, que nous n'en aurons d'autres souvenirs que celui, dans la surrection, d'un effondrement d'avalanches ; celui d'une futaie enneigée qui s'abat, tranchée au pied, dans le brouillard ; celui d'un déferlement de flots qui s'entrecroisent, se convulsent en un maëlstrom en miniature – la masse se résolvant en grand pavois de neige hissé pour un instant à flanc de plage ; sa fraîche clarté s'accordant à notre allègement de l'avoir, cette fois encore, échappé belle. Sentiment qui se mêle à l'exaltation d'assister, chaîne après chaîne, à la genèse, à la résorption dans le globe primitif, du massif des Appalaches.
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La mer pourra bien se retirer : jusqu'au soir, il y aura frénésie de l'affluence, ébullition suivant des diaclases successives, toute la masse gagnée par les remous, translations, aspersions, virevoltes, effondrements ; toute la mer se chevauchant, comme surmontée d'elle-même pour le franchissement d'un obstacle ; toute la mer tirant à boulets blancs à travers des bancs de brouillard. De front, les sommets d'une Cordillère des Andes dans une tempête de neige traversée d'avalanches.
Jusqu'au soir se poursuivra le séisme d'une futaie, cimes tordues et rouies, basculant dans le fleuve qui ne cesse de longer le front des eaux.
Jusqu'au soir, la chaleur. Moite, montée du sable, venue avec la brise de terre – et l'air est tel une pulpe finement dissociée. Et pour nous, jusqu'au soir, l'ivresse de se sentir traversé par l'énergie de la vague qui s'abat ; arraché à la pesanteur, déraciné, porté au comble de soi, quitte à se sentir rudoyé par une puissance aux façons de rustre, râpé contre la grève, mâché entre des muscles, rejeté dans une prolifération de pattes de plantigrades, de chevelures crêpelées… Et le délice de s'éprouver – fétu de paille – sain et sauf, et plénier, et unique !...
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Sous le soleil bas qui creuse en les flots une Vallée des Rois, l'océan est maintenant laiteux, pustuleux, et la plage se dépeuple, taraudée d'ombres de pas. Mais certains s'attardent, debout, immobiles comme à la vue d'un nageur en péril que l'on secourt. On sent qu'ils ne parviennent à s'arracher à un délire à ciel ouvert : celui d'une foule versatile aux brusques retournements – et ce brouhaha, alors, de piétinements ; cette écharpe d'ébrouements jetée aux airs…
C'est seulement quand le soleil aura disparu ; que la plage sera rendue au seul minéral – où se percevaient, dans le chuintement de l'écume, les consonances d'heureuse, heureuse
que les derniers spectateurs, décontenancés de n'avoir su retenir « un jour par les dieux composés », quitteront ce qui fut un long tumulte de féerie et de mise à mort.
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Les Murmures de l'amour       
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L'amoureuse
Je voudrais que le moindre de mes billets te fût tantôt un alcool qui te monterait à la tête et courrait dans tes veines, tantôt le chantonnement de la rumeur marine quand on vague en un creux de sable .
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L'amoureux
Quand tu parais ? Une vague a, du plus loin, mis le cap sur moi ; et d'avance, je vacille sous le heurt, chevilles et poignets friables. Avec, au cœur, pourquoi ? pourquoi ? un chagrin d'enfant pauvre.
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François Solesmes, Les Murmures de l'amour, Encre marine.
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