* * * * * Textes divers, dont une chronique "En marge du site Mireille Sorgue".

Bienvenue...

sur le blog de François Solesmes,
écrivain de l'arbre, de l'océan, de la femme, de l'amour...,
dédicataire de L'Amant de Mireille Sorgue.


Le 1er et le 15 de chaque mois, sont mis en ligne des textes inédits de François Solesmes.

Ont parfois été intégrées (en bleu foncé), des citations méritant, selon lui, d'être proposées à ses lecteurs.


La rubrique "En marge du site Mirelle Sorgue" débute en juin 2009 , pour se terminer en juin 2010 [ en mauve]. Deux chapitres ont été ajoutés ultérieurement, dont un le 1er octobre 2012. A chercher, dans les archives du blog, en mai 2010 (1er juin 2010), à la fin de la "Chronique en marge du site de Mireille Sorgue".
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BIBLIOGRAPHIE THEMATIQUE

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LA FEMME
Les Hanches étroites (Gallimard)
La Nonpareille (Phébus)
Fastes intimes (Phébus)
L'Inaugurale (Encre Marine)
L'Étrangère (Encre Marine)
Une fille passe ( Encre Marine)
Prisme du féminin ( Encre Marine)
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L'AMANTE
L'Amante (Albin Michel)
Eloge de la caresse (Phébus)

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L'AMOUR
Les Murmures de l'amour (Encre Marine)
L'Amour le désamour (Encre Marine)

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L'OCEAN
Ode à l'Océan (Encre Marine)
Océaniques (Encre Marine)
Marées (Encre Marine)
L'île même (Encre Marine)
"Encore! encore la mer " (Encre Marine)

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L'ARBRE
Eloge de l'arbre (Encre Marine)

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CRITIQUE
Georges de la Tour (Clairefontaine)
Sur la Sainte Victoire [Cézanne] (Centre d'Art, Rousset-sur-Arc)

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EDITION
Mireille Sorgue, Lettres à l'Amant, 2 volumes parus (Albin Michel)
Mireille Sorgue, L'Amant (Albin Michel) [Etablissement du texte et annotations]
François Mauriac, Mozart et autres écrits sur la musique (Encre Marine) [ Textes réunis, annotés et préfacés]
En marge de la mer [ Texte accompagné de trois eaux-fortes originales de Stéphane Quoniam ] Éditions "à distance".
Galets[ Texte accompagné des trois aquatintes de Stéphane Quoniam ] Éditions "à distance".
Orages [ Texte accompagné d'aquatintes de Stéphane Quoniam] Editions "à distance".

Textes publiés dans ce blog / Table analytique


Chroniques
Mireille Sorgue
15/03/2009; 15/06/2009-1er/06/2010
L'écriture au féminin 1er/03-15/12/2012
Albertine (Proust) 15/01-15/02/2011
Les "Amies" 1er/03-1er/04/2011
Anna de Noailles 1er / 11 / 2017 - 1er / 01/2018
Arbres 1er/06-15/08/2010
L'Arbre en ses saisons 2015
L'arbre fluvial /01-1er/02/2013
Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo 15/10 - 15/11/2015
Mireille Balin 15/11/10-1er/01/2011
Rivages 15/02-15/04/2013
Senteurs 15/09/2011; 15/01-15/02/2012
Vagues 1er/10/2011-1er/01/2012
"Vue sur la mer" été 2013; été 2014; été 2015; été 2016
Aux mânes de Paul Valéry 11 et 12 2013
Correspondance
Comtesse de Sabran – Chevalier de Boufflers 15/01/14-15/02/14
Rendez-nous la mer 15/03 - 1/06/2014
Séraphine de Senlis 2016

Textes divers
Flore

Conifères 15/06/2014
Le champ de tournesols 15/07/2010
La figue 15/09/2010
Le Chêne de Flagey 1er/03/2014
Le chèvrefeuille 15/06/2016
Marée haute (la forêt) 1er/08/2010
Plantes des dunes 15/08/2010 et 1er/11/2010
Racines 1er/06/2016
Sur une odeur 1er/03/2009
Une rose d'automne 15/12/2015-15/01/2016
Autour de la mer
Galets 1er/07/2010
Notes sur la mer 15/05/2009
Le filet 15/08/2010
Sirènes 15/09/2018
Autour de la littérature
Sur une biographie (Malraux-Todd) 1er/05/2009
En marge de L'Inaugurale 1er/01/2009
Sur L'Étrangère 15/06/2010
De l'élégance en édition 15/06/2009
En écoutant André Breton 15/01/2009
Lettre à un amuseur public 1er/02/2009
Comment souhaiteriez-vous être lu? 1er/06/2009
Lettre ouverte à une journaliste 1er/09/2011
Maigre immortalité 10 et 11 / 2014
Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo 2015
La Femme selon Jules Michelet 2016
La Mer selon Jules Michelet 2016
Gratitude à Paul Eluard 1/05/2016

Autres textes
L'ambre gris 15/10/2010
Ce qui ne se dit pas 15/06/2010
La blessure 1er/12/2015
La lapidation 1er/09/2010
Où voudriez-vous vivre? 1er/04/2009
Pour un éloge du silence 1er/10/2010
Sur le chocolat 15/04/2009
Annonces matrimoniales 15/04/2011
Tempête 15/02/2009
Le rossignol 1er et 15/05/2011
Nouveaux Murmures mai et juin 2013
Variations sur Maillol 15/01/15
Sexes et Genre 02/15 et 01/03/15
Correspondances


OEUVRES INEDITES
Corps féminin qui tant est tendre 1er janvier - 1er septembre 2018
Provence profonde 15/10/2016 - 15/10/2017
Sirènes (pièce en 5 actes) 1er octobre - 1er décembre 2018


vendredi

1er avril



LES AMIES



III


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Je suis fort loin, Madame, de partager les vues du narrateur de La Recherche sur Gomorrhe. Je les tiens même pour artificieuses – celui qui les exprime, et qui « s'avance masqué », étant mal venu de flétrir un prétendu « vice » non moins… honorable que ses mœurs dont l'évocation qu'il en fait voudrait donner le change au lecteur.


Vous rappelez la fascination que des peintres, des poètes, eurent pour Lesbos. Je ne saurais vous dire quels mobiles, autres qu'esthétiques (quoi de plus séduisant que deux femmes dans leurs ajustements charnels ?) les poussèrent à célébrer les « Amies ». Pensaient-ils – j'allais dire : en doublant la mise ! – mieux approcher le mythique « continent noir » ? Y avait-il, chez eux, bravade, gageure, puisque les amours saphiques récusent, excluent l'homme, cet être grossier, d'une pièce, qui, ayant renié ou enfoui son enfance, méconnaît ou dédaigne vos aspirations, ses mains froissant votre peau, quand elle n'aspire qu'à être lustrée ?


Nous écarterons, voulez-vous, Verlaine. Qui a lu son recueil Femmes sait que, faune, il peut se complaire dans le graveleux, voire le scatologique. J'imagine que ce poète, qui prône l'impair, a vu là motif à délectation morose.


Baudelaire est d'une autre race, d'une autre envergure. Nul doute que, hanté par le gouffre inhérent à la créature humaine par essence déchue, et d'abord à la femme – à la fois satanique, « abominable », et divine – , il n'ait vu, dans les accouplements féminins, deux précipices « en abyme » sur lesquels se pencher, vertige exacerbé par la recrudescence de l'insondable.


Or, lui vous absout : « Qui, des Dieux, osera, Lesbos, être ton juge […] ? » ; « Votre religion comme une autre est auguste […] ». Et de lamenter « la mâle Sapho » qui trahissant « le rite et le culte inventé », s'éprit du jeune Phaon et se tua devant son dédain.


Si le poète des Fleurs de Mal voit, en vous, des « femmes damnées », c'est que, leur dit-il avec véhémence : « Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage, / Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs ». Car, ajoute-t-il, « L'âpre stérilité de votre jouissance / Altère votre soif et roidit votre peau […] ». Aussi le poème s'achève-t-il par cette adjuration : « Et fuyez l'infini que vous portez en vous ! » (Ce qui vous fera à bon droit sourire, si vous pensez aux frustrations répétées que les hommes farauds infligent à leur compagne !)


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Je vois mieux en revanche, ce qui conduit l'artiste, s'il a « le goût du monde féminin », à peindre deux femmes enlacées : leurs contours forment un tel écheveau ! À démêler, à dévider avec discernement, comme on dessinerait l'engendrement des courbes d'un erg – acérées mais qu'une lumière rasante de couchant sur le sable uni fait paraître suaves.


Plus luxuriante est la beauté redoublée, perçue dans une confusion provisoire ; la disjonction des « amies » la faisant mieux encore paraître en sa surabondance.


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Nous savons, depuis les commencements de la peinture, le pouvoir de maintes Vénus étendues, esseulées, en un décor, un intérieur, de convention. Mais faire reposer côte à côte deux d'entre elles, c'est figurer une véritable Vénus au miroir ; c'est donner au paysage féminin du premier plan, son arrière-pays ; c'est saturer le tableau de pure, d'intense féminité, comme on nous gaverait de mets exquis.


C'est donner le champ libre à la fluidité. Celle des contours, celle du courant au fil duquel semblent voguer les corps. Et l'on sent que ce flottage de navires lèges doit à l'absence de l'homme ; de celui qui, dans le couple, fait couler le navire trop lesté, ou qui le pousse à la côte, où il s'échoue ; alors que ces deux esquifs aux lignes harmonieuses semblent pouvoir remonter indéfiniment le fil des chevelures. D'aucunes verraient, dans ce couple, un feu se propageant en sous-bois. Mais c'est bien là une navigation d'ondines, de conserve, parmi des toisons de varech, et, chez Klimt, les constellations que « Midi le Juste » jonche sur les eaux.


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L'homme éconduit, et la Création s'en trouvant allégée, enluminée, la femme peut se vautrer à pleine face dans le réel en ne rencontrant que souple élément ou que chair tiède, élastique, comme la sienne. Et qu'il est grisant de vivre en un climat de similitude, de gémellité ; le visage, le corps de l'Autre, vous tenant lieu de psyché où se voir, se savourer … en perspective !


J'imagine que beaucoup d'entre nous, découvrant le tableau de Courbet éprouvent un étonnement qu'un sourd dépit nuance d'âpreté : « Quoi ? Sans l'homme, elles peuvent atteindre à… ce visage meurtri d'une jubilation qui transsude leurs paupières scellées, la bouche close sur l'inexprimable !... Jamais je n'ai vu, dans l'après, à l'une de mes maîtresses, un tel éclat de dorure sur chair ; un tel retirement d'enfant, repu de lait, qui sommeille. »


C'est ignorer, si l'on croit Otto Weininger, que « Tout le corps de la femme est une dépendance de son organe sexuel ». Que l'adaptation du corps masculin et du corps féminin n'est guère qu'extérieure, et circonscrite, la conjonction des muqueuses.


Apposées, enlacées, s'étreignant, se caressant, deux femmes, surtout si elles s'aiment, réjouissent d'emblée une large étendue de papilles – gustatives ! – semblables en leur sensibilité, leurs attentes, leurs réponses. Aussi tout peut-il se dérouler comme en état de lévitation, sans avoir à craindre, ainsi qu'avec l'homme, brusqueries, ruptures, foucades, qui vous désarçonnent. Deux vastes sensualités, d'un seul tenant, aux mêmes irisations, s'accordent, s'exaltent, culminent en l'un de ces orages qui appellent, quand reflue le dernier grondement, l'arche d'un arc-en-ciel.


Courbet connaissait-il « Femmes damnées » ? Son tableau intitulé Le Sommeil et dit aussi Les Deux Amies et Paresse et Luxure, s'inscrit en faux contre le poème. Ces deux femmes ont si bien « assouvi leur rage », que leur sommeil n'est qu'une modalité de la jouissance dont elles se sont gavées. Leurs chairs, à demi mêlées, sont un gisement d'abandon à corps perdus, de harassement bienheureux né d'une longue jubilation ; de pure béatitude enclose dans l'ove de leurs contours.


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Que se rassure néanmoins celui que le saphisme irrite et humilie : la plupart des femmes choisiront toujours la différence et ses surprises, source présumée de saveurs. La différence et, avec elle, l'antinomie, voire l'antagonisme, l'asservissement, la brutalité. Qu'il ne craigne, non : il a, tapi dans le ventre des plus nombreuses, un sournois mais sûr complice qui les persuade un jour que, par l'homme, passe la voie obligée de leur accomplissement.


Il reste que certains « mâles » auraient à apprendre de ces « amies » auxquelles vont leurs sarcasmes ou leur goguenardise. Et je tiens pour fort avisé ce duc de Morny dont Colette, dans Le pur et l'impur, nous rapporte le propos, alors qu'il prêtait sa maîtresse à une lesbienne : – « Je te confie la merveille incomplète. Sache la parfaire, et me la rendre ! »


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Les Murmures de l'amour


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L'amoureuse


Volontiers, en ton absence, je porte gourmette, bracelet et bague ; mais ce n'est que pour l'agrément de les retirer, posément, avec un rien de solennité, comme on renoncerait aux insignes de son grade, un peu avant que tu ne reviennes. Et c'est l'âme, en cela, plus encore que le corps, qui se dépouille de l'inutile, se défait de ses entraves ; l'âme qui s'apprête à paraître nue devant son… créateur.


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L'amoureux


Je te dédie ce vent mol et ferme et tiède, un rien enivrant, et la rumeur de son voyage. Il est ici mon seul luxe et, au vrai, tout ce que je possède. Donne-lui le fil de ta chevelure afin qu'il se soutienne un instant, ainsi que fait la cime de la vague. Divise sa rudesse, quand il bleuit les arêtes de la maison.


Pénétré de lumière, qu'il t'irait bien, en cet après-midi ! Je te prendrais par la main et t'emmènerais par les trèfles.



François Solesmes, Les Murmures de l'amour, Encre marine.


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mardi

15 mars




LES AMIES


II


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« Parce que vous ne pouvez envisager d'autre plaisir que celui que vous donnez … parfois, vous pensez que chacune de nous vit frustrée de n'être pénétrée par un membre d'homme. Mais je crois notre plaisir sans commune mesure avec le vôtre. Vous ne faites l'amour qu'avec votre sexe ; c'est toute sa chair que chacune de nous engage dans l'union. Dépourvues d'appendice, – de quoi nous nous consolons fort bien, il nous reste de faire assaut de raffinement dans le toucher, l'enlacement. Ne savez-vous pas qu'une vraie femme ne connaît pas comme vous une dissociation entre son sexe et le reste du corps ? Alors, faites l'effort de vous représenter l'étendue, la qualité de l'étreinte de deux femmes, chacune riche des deux versants de la sensation dans le toucher : à la fois la plage et la vague qui s'y épand.


« Ce qui n'est pas, je vous assure, dépourvu de violence. Pas la vôtre, il est vrai, quand vous pilez, pilonnez un bas-ventre. Notre violence à nous doit tout à l'excès de douceur, à l'étendue, à la variété des sensations tactiles, au savant enchaînement des caresses. Quand vous ne pensez qu'à vous ménager une trouée en notre corps, cha­cune de nous rêve de s'étaler, se distendre à l'extrême pour apposer sa peau entière sur la totalité de l'autre. Votre idée fixe est de faire aller votre boutoir ; la nôtre, de déployer nos peaux pour qu'elles s'ajustent au plus près.


« Simpliste et vaniteux comme vous l'êtes, vous pensez que l'amour entre deux femmes est voué à des caresses réciproques d'adolescente solitaire, à des chevauchements qui vous font sourire, à un pauvre plaisir obtenu de la bouche ou du doigt... Si je vous disais que se regarder, immobiles, nous est déjà caresse ; que regarder se mouvoir le corps de l'autre et bouger ses courbes, est source d'exquis effleurements intérieurs ; que notre toucher ne cesse de s'enchanter d'une voix, d'une chevelure, du grain d'une peau ; voire des bijoux, des étoffes de l'aimée.


« Vous qui nous dévêtez souvent avec fièvre, ne saurez jamais ce qu'éprouvent deux femmes qui s'aiment, à se déshabiller l'une l'autre, debout, face à face, lentes et précautionneuses, en une sorte de danse. Et vous ne me croirez pas, si je vous dis que lorsque j'essaie sur mon amie un sous-vêtement, un corsage, des bas, quand je la pare ou la parfume, quand elle me peigne, m'habille ou me déshabille, nous faisons aussi l'amour... Car il n'est pas un de nos gestes alors qui soit distrait ou innocent ; pas un qui ne sache de quelle façon il se propage chez l'Autre. Pas un qui ne cimente un peu plus notre complicité charnelle de femmes qui ont le même vaste territoire du désir, du plaisir.


« Nos caresses délibérées, nos caresses d'amantes, elles, vous paraîtraient dérisoires, ou vous ne comprendriez pas qu'on pût rester un très long temps les mains simplement unies, ou le visage enfoui dans un cou, une chevelu­re ; qu'on pût sans se lasser lécher une aisselle ou l'aine ou le pli du bras ; aspirer à plein visage une odeur ici d'herbe coupée, et là de pain brûlé, et là encore de saline au soleil. Qu'on pût se laisser aller au vertige de la douceur in­tense, ineffable, de seins, de ventres de femmes qui s'apposent ; de deux bouches de femmes qui se frôlent – car nos baisers, nos jeux de lèvres et de langues ont peu à voir avec votre façon de fouailler notre bouche.


« Vous croyez triompher parce qu'un couple d'amoureuses ne dispose pas de votre glorieux membre, mais nous, je le redis, c'est avec notre corps entier que nous faisons l'amour. Ne sentez-vous pas que ce sexe tout d'une pièce, dépourvu du moindre... doigté, que vous arborez, est un engin fort grossier pour émouvoir une chair diverse, délicate, et riche d'irisations ? Comme si on pouvait attendre d'un pilon le moindre discernement !


« Recourant à vos doigts, à votre langue, c'est le plus souvent en homme hâtif ou impérieux qui croit séduire notre chair quand il ne fait que la chiffonner, quitte à déconcerter notre plaisir latent. Tandis que toute une femme est derrière cette pointe de langue, ce bout de doigt, que mon amie insinue au plus intime de moi – une femme qui sait d'expérience mon exacte conformation physi­que et la configuration de mon désir. Et c'est à cause de cette communauté de natu­re, cette identité du... réduit charnel, que l'abandon peut être, entre deux femmes, vraiment entier, jusqu'à la confusion des sensations.


« Enfin, puisque vous m'avez dit tenir pour inestimable le sommeil avec une femme, concédez-moi que nous aussi pouvons éprouver une indicible jouissance à traverser la nuit membres mêlés, à même la suavité et la tiédeur.


« J'admire, je vous assure, que tant d'entre-nous paraissent s'accommoder de vos brèves incursions en elles ; qu'elles se fassent une raison quand la fête tourne court. Et sans doute, faute d'aimer assez leur corps, ne souffrent-elles pas trop de vos chiches caresses intéressées ; de vos caresses brouillonnes, lacunaires, concédées à un corps à… dévider selon le fil, illimité.


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« Parce que je vous soupçonne d'avoir lu Études et Préludes de Renée Vivien, où elle parle de « nos accouplements sans amour », je préviendrai vos railleries. Oui, nos couples aussi se fondent parfois sur un rapport de domination. Oui, nous pouvons connaître, ainsi que vous, la douleur devant la froideur de l'aimée, l'inquiétude, l'angoisse, à la pensée de la perdre, les tortures de la jalousie devant ses trahisons ou, à l'inverse, la tentation d'échapper à une passion trop possessive.


« L'incomparable complicité des couples de femmes, le captivant jeu de glaces qui s'y déroule, ont leurs revers. Femmes toutes deux, aucune ne peut dissimuler, ruser, qu'elle ne se voie aussitôt devinée par sa compagne. Chacune sait à merveille ce qui le mieux peut atteindre l'autre. Que des dissensions apparaissent, et l'on ne fera pas de quartiers, l'antagonisme dans le couple ordinaire atteignant ici à la virulence. "Nous avons des amours de tigres" , assurait Verlaine. De tigresses, aurait pu dire Renée Vivien parlant du "lumineux reflet de tes ongles cruels".


« Il s'en faut que tous les couples de femmes connaissent de tels déchirements, et la chronique retient nombre de liaisons constantes et paisibles ; mais, parce qu'ils sont d'abord formés d'êtres humains et l'un à l'autre transparents, il arrive qu'on s'y griffe et morde ; qu'on y fasse alterner drame et comédie, cris, récriminations et silences boudeurs.



« Faites-vous une raison : certaines femmes ne sauraient découvrir, habiter, goûter leur corps, qu'en s'en remettant à des mains féminines. Je vous demande seulement de consentir, sans goguenardise, à notre singularité. De vous dire que nous devons être un peu plus narcissistes que vos femmes, puisqu'il nous faut, dans l'amour, un vivant et tout proche miroir. Que nous sommes, plus qu'elles, fidèles à notre enfance, à notre adolescence et aux jeux d'alors. Que nous avons trop de révérence à l'égard du loisir de 1'amour, pour supporter que le temps de l'homme ait barre sur lui. Dites-vous, en bref, que notre appartenance au monde féminin est si viscérale, que nous ne pouvons rencontrer que chez une autre femme un sexe à notre mesure. »


Mathilde P.


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Les Murmures de l'amour


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L'amoureuse


Ah, que chacun de mes gestes, chacune de mes paroles, expriment l'essentiel, témoignent pour l'amour… Mais ce n'est presque jamais cela. Et je pense d'abord à ces soirs de solitude où je suis « grosse » de toi – et d'informulé… Savoir dire prendrait alors la figure de la délivrance, et je t'aurais devant moi tel l'enfant que le cordon relie encore à vous.


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L'amoureux


Il fait beau et pur en altitude. Et beau sur ma table où j'ai déplié tes dernières lettres.


Je les regarde, les touche et elles me rassurent : vivante et toute tendresse et tout désir, elle est. Demain viendra donc authentifier ce qu'elle dit, donner aux mots qui sont là leur poids, leur épaisseur, leur consistance.


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François Solesmes, Les Murmures de l'amour, Encre marine.


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1er mars 2011




LES « AMIES »


I


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– « Si je vous ai bien lu – m'écrit une femme qui ne signe que d'un prénom –, et, enseignant les Lettres à des jeunes gens, je crois savoir lire, seul le couple formé d'un homme et d'une femme a votre faveur. J'aurais aimé trouver chez vous, fervent du féminin, quelques lignes indulgentes, j'allais dire miséricordieuses, pour les homosexuelles, dont je suis.


« Seriez-vous tel ce Proust qui n'aura si pesamment voué notre… vice aux gémonies, que pour mieux dissimuler le sien ? Bien mal, par parenthèse, tant la grâce d'écrire l'abandonne dès qu'il évoque ses relations charnelles avec des femmes. Mais non : je jurerais que vous partagez la fascination de certains peintres et poètes, pour les « amies ». Que voir deux femmes dans leurs ébats – sans être vu – fait partie de vos fantasmes, d'autant que vous quitteriez bientôt votre cachette pour vous mêler à elles, vous faire l'ordonnateur de leurs jeux, en ne doutant pas de les convertir à l'amour réputé normal ! En bref, si la vue de deux amantes réjouirait votre œil, leur conduite ne vous en semblerait pas moins contre-nature. À se demander si vous n'auriez pas le sentiment d'un préjudice causé à l'homme ! Qu'est-ce que ces femmes qui, au lieu de se réserver pour le plaisir du mâle, se passent très bien de celui-ci ? Il y a bel et bien là dévoiement. Qu'adviendrait-il, au reste, si le mal s'étendait ; si de plus en plus de femmes découvraient, auprès de leurs sœurs, à quels raffinements peut atteindre l'amour physique – et en déduisaient que leur roi est nu ?


« Puisque vous prisez la femme, ne pouvez-vous concevoir que certaines, parmi nous, aient le même excellent goût que vous ? Soient bouleversées par un visage, une chevelure de femme ; par un corps féminin qu'on devine chargé de langueurs ou qui a la verdeur d'un petit page ? Oui, pourquoi ne serions-nous pas quelques-unes à partager l'éblouissement que vous dites éprouver devant nos corps ?


« Vous nous reprochez fort de vous caresser mal et peu dans l'amour. Est-il sûr que vous auriez plaisir à caresser un torse sommaire, un dos, des jambes d'homme musculeux ; à effleurer une peau rêche, broussailleuse, ou encore à humer vos âcres senteurs ?


« Ce qu'attend votre main quand elle nous touche – le lisse et l'uni et le tiède et l'élastique, telle une douceur vivante qui affluerait à mesure sous vos doigts – pourquoi notre paume, bien plus affinée que la vôtre, ne le souhaiterait-elle pas ? Dans les sensations que vous recherchez en nous caressant, n'est-ce pas, au fond, de l'enfance dont vous êtes en quête? Ou plutôt du temps très lointain où votre main minuscule se posait sur un ventre, un sein maternels ? Pourquoi refuser à la femme le droit à pareille nostalgie, elle qui, vous le savez, n'eut pas avec sa mère les rapports qu'ont les fils ; elle qui fut si tôt sevrée de caresses ? Je vous l'assure : la femme qui se délecte à palper les étoffes, à effleurer une joue d'enfant, à contenir son sein dans sa paume, à suivre du doigt l'une de ses courbes, ne trouve pas son compte à caresser l'homme, hormis en son adolescence !


« Votre corps nous paraît élémentaire, sans nul imprévu. On en fait le tour comme d'une enceinte toute tournée vers le dehors. L'ombre – l'ombre humide et tiède – ne s'enracine pas en vous. Et si vos odeurs sont relevées, parfois prenantes, je les crois peu propres à nourrir l'imaginaire.



« Un corps de femme est tout autre chose, et seul un homme grossier croit connaître celui de sa compagne. Vous qui ne vous lassez pas de nous contourner, de nous ouvrir, de nous contempler sous tous les angles, vous savez bien qu'on n'en a jamais fini avec nous, tant nous som­mes gorges et sillons, replis, éminences, recoins, plages, fissures, fronces, fos­settes, fuseaux... Tout cela s'enchaînant avec quelque bonheur, non ? Ce n'est pas à vous que j'apprendrai que, pour une main savante et enthousiaste, un corps de femme est sans limites ou du moins qu'il passe fort ses contours apparents.


« Encore faut-il rencontrer pareille main. Celle de la plupart des hommes court au plus pressé. Pesante avec constance, elle oublie de se faire impondérable quand il le faudrait. Qu'elle soit indiscrète est dans l'ordre, mais elle l'est sans subtilité, ainsi qu'en pays conquis. Ne lui demandez pas de se conformer à nos pentes naturelles ; de sentir là où elle doit s'attarder avec complaisance et là où on ne la souhaite qu'évasive. Elle va au hasard, fébrile, prodigue du coq-à-l'âne. ... Non, pas au hasard : un seul lieu au vrai la requiert, quitte à ce que de grandes places, sur notre corps, attendent vainement qu'on daigne s'aviser d'elles.


« Vous rêvez d'assister à nos jeux amoureux ? Vous pourriez en tirer grand profit, vous qui voulez si bien tout nous apprendre, et que nos initiatives embarrassent. À être témoins de l'espèce de cérémonial, de rituel, qui a cours entre nous, peut-être certains prendraient-ils enfin conscience des caresses qui ont notre faveur.


« Femme, je sais par nature celles qui sont attendues. Dans leur tracé, leur juste poids, leur nécessaire continuité d'eaux courantes , avec les ruptures qui susciteront surprise, saisissement. Je n'ai pas eu à apprendre les gestes qui réjouissent une femme, ou qui la projettent dans le plaisir. Car, à explorer minutieusement le corps de l'Autre, c'est le mien que j'entends, que je redécouvre, bien mieux que par le miroir ou par mes mains sur moi. C'est sur ma peau, dans ma chair, que je suis le dévidement de ma caresse. Ce sont mes reins, mon épaule, mon cou, mes hanches, que j'effleure, baise ou mordille ou étreint ; mes replis que j'étale, mes muqueuses que je fais mûrir. Cette veine qui bat au creux du cou, je l'ai aussi et cette fossette aux reins. Par ce ventre, ces seins, ces légères concavités en haut des cuisses, je sais ma douceur, mon incroyable douceur. Je suis une, et dé­doublée, et redoublée dans la délectation. Je me vois confirmée dans ma singulari­té, ma saveur de femme. Je me donne réponse précise, nuancée, comme si je m'épousais des pieds aux cheveux, chaude et consistante. Aussi n'y a-t-il pas, dans nos jeux, ce sentiment de solitude que donne l'amour avec un homme, quand chacun de ses mots, de ses gestes, est en discordance avec nos attentes ; ce dépit à rencontrer chez lui si peu de résonance et de… perméabilité.


« Vous sentez bien, encore, que l'amour entre femmes met en jeu un temps qui n'a rien de commun avec le vôtre. Avec vous, la fin est d'emblée présente, inéluctable. Vous apportez, dans le rapport amoureux, votre temps d'homme pressé pour qui l'acte n'est qu'un intermède, une parenthèse, entre deux tâches réputées sérieuses ; et votre main le dit, qui ne s'embarrasse guère de préambules. Or, ce temps déjà marqué par la hâte est, dès 1'origine, condamné. Le jet de votre semence y met tout-à-trac un terme. Vous aurez beau, après, vous montrer tendre, c'est un autre temps qui commence, et nous percevons d'autant mieux la brisure, que le temps initial aspirait à se prolonger en nous par-delà le plaisir – quand nous l'atteignons ! Que dis-je : en intégrant bienheureusement le plaisir.


« Avec la femme que j'aime, je ne ressens pas cette mutation dans le temps. Nous avons le même : celui qui convient à deux êtres qui ne se lassent de se découvrir, de s'inventorier mutuellement. Je croirais assez que le temps ou plutôt la durée rechigne à habiter l'homme mais se complaît en la femme. Voilà pourquoi le temps, chez deux amantes, ne prend pas vraiment fin ; il s'épuise insensiblement et encore en subsiste-t-il toujours un levain en chacune. Pour que l'amour avec vous ait du prix, il vous faudrait d'abord apporter à l'acte la patience indéfinie du créateur, et non le temps de l'enfant qui, par sa hâte, malmène son jouet. »


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Les Murmures de l'amour


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L'amoureuse


Il pleut. J'ai envie d'être féminine à l'égal de la pluie.


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L'amoureux


Chaque matin, je te dédie ce jour.


De loin, de près, tu m'accompagnes. Je le sais à la même sensation d'évasement, de profondeur qu'à s'abîmer en une pulpe riche de sucs. Avec, à mon oreille, une voix ni savante ni futile, distraite ou impatiente : une voix juste. Et c'est, de loin, de près, le cours naturel d'un cœur.


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François Solesmes, Les Murmures de l'amour, Encre marine.


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15 février











ALBERTINE



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III



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Le lecteur n'éprouve un sentiment de mésaise, que s'il ignore que le « roman » d'Albertine doit, pour l'essentiel, à la personne d'Alfred Agostinelli, un ancien chauffeur rencontré à Cabourg, que Proust prit chez lui en mai 1913 comme secrétaire, et qui le quitta brusquement après quelques mois d'une… réclusion jalouse. Une fuite qui s'acheva le 30 mars 1914, l'aéroplane qu'il pilotait en novice s'étant écrasé au large d'Antibes.



Mais d'autres amis et connaissances de Proust ont étoffé la figure d'Albertine, parmi lesquels Bertrand de Fénelon, Albert Nahmias, Henri Rochet…



La nature paraît parfois balancer pour doter un individu d'une identité sexuelle spécifique. En revanche, Albertine ne nous est nullement présentée comme une femme androgyne. Elle manifeste les goûts, les comportements communément attribués aux femmes. Telle est même sa féminité, que ses inclinations la portent vers ses semblables, pour le plus grand tourment de son geôlier.



« Je m'avance masqué ». Le narrateur pourrait faire sienne cette précaution oratoire. Et même si l'on s'interdit de le confondre avec l'auteur, on ne peut oublier qu'il y a chez Proust, interpolant le côté de Combray aussi bien que celui de Guermantes, le… côté de Sodome. Ce dont nul esprit ouvert ne saurait le blâmer. Quel lecteur de ce temps ne souscrirait à ces lignes d'Albertine disparue : « Personnellement, je trouvais absolument indifférent au point de vue de la morale qu'on trouvât son plaisir auprès d'un homme ou d'une femme, et trop naturel et humain qu'on le cherchât là où on pouvait le trouver » ?



Il est seulement licite de regretter que « le goût du monde féminin » chez le narrateur se soit borné aux manifestations tout extérieures de cet univers que sont décors, toilettes, propos, conduites, équipages… alors que le désir, le plaisir qu'on associe mille fois aux jeunes filles, aux jeunes femmes rencontrées – aussitôt possédées en esprit – ne sont jamais que des mots sans résonance, et comme des … clauses de style. Qu'en bref, Albertine ait la présence, l'aura charnelles, des créatures féminines d'un Montherlant, d'un Cocteau, d'un Tournier.





Contemporain de Proust, Gustave Klimt drape les grandes bourgeoises de Vienne d'étoffes qui passent en splendeur les robes de Fortuny. Volutes, marqueteries, émaux, or à foison, font plus que parer le corps féminin, : ils en suggèrent l'inestimable prix ; ils le rattachent à un règne floral, minéral, foisonnant ; à un âge, une civilisation mythiques ; à quelque paradis perdu. Mais la chair de la femme obsède tant le peintre, qu'il compose aussi des nus où chaque touche a valeur de caresse, d'attouchement, d'un artiste qu'éblouit la vénusté.



Ce qui n'est pas encore assez pour un homme qui dit appartenir à « la race naïve et lubrique des hypersensibles ». Aussi, demande-t-il à ses modèles nus de se disposer sur une couche ainsi qu'elles font « quand nul ne les regarde », cuisses largement ouvertes et doigts à l'œuvre. Alors, à l'instar de Rodin, Klimt fixe la femme en son intimité, la femme en tous ses états. Sans, bien sûr, omettre ou estomper le foyer de nos fantasmes d'homme, la source moussue, sombre mais irradiante.



Nulle vulgarité jamais dans ce qui semble tenir de l'instantané, de la confidence chuchotée mais de quelle puissance de suggestion ! Nulle lourdeur, tant le crayon, vif et précis, traduit et la délicatesse, l'émotion, de l'artiste, et le naturel, le bien-fondé, l'excellence du geste érotique (ce qu'attestent les visages que le ravissement renverse.)



Pourquoi, dès lors, se refuser à peindre des femmes enlacées ? Klimt n'y a pas manqué, qui nous laisse de serpentines « Amies » où triomphent, avec la fluidité lascive des lignes, une même modulation des formes qui, suggérant proximité, convenance des êtres, analogies des sensations, justifie la rutilante constellation où voguent les corps étendus.



Le narrateur, lui, ne cesse d'achopper au « mystère » réel ou illusoire, de la femme, ou du moins, à sa spécificité foncière et d'abord à la nature du plaisir qu'éprouvent, entre elles, les tribades. Et seules, pourraient-elles nous le dire ; mais le lecteur du « roman » d'Albertine sent bien qu'il ne suffit pas de scruter, d'écouter nos compagnes, même en observateur vigilant, vétilleux, pour atteindre le réduit où elles se tiennent. L'empathie doit être entière ; et l'intuition d'une composante primordiale du féminin échappe à qui n'éprouve, à pleines paumes, pour la peau, les galbes d'une fille ou femme jeune, l'avidité de la chaux vive pour l'eau.





Dans un entretien à France-Culture de février 1977, Roland Barthes, proustien fervent, déclarait : « Je relis Proust, La Prisonnière et Albertine disparue ; je suis frappé d'ailleurs par le fait que c'est extrêmement bavard et qu'il y a des pages et des pages d'un très grand ennui. Je ne m'étais pas rendu compte de cela. Ça ne diminue en rien mon admiration pour Proust, mais enfin il faut bien le voir aussi […] »



Il nous semble qu'il y a plus grave que le reproche de prolixité que Barthes fait aux œuvres citées. Et nous regrettons que La Recherche n'ait pas eu, pour auteur, l'équivalent d'un Klimt. Pour peu que le narrateur eût appliqué, à la femme… intégrale, son génie d'analyste, l'acuité d'une divination exercée jusqu'à l'infime, son obsession de découvrir ce que recouvrent les apparences, sa sensualité qu'alertaient de multiples et fluctuantes facettes de la création, son pouvoir de transfiguration encore, tout cela se formulant dans une langue capiteuse, amie du contournement et de l'interstice,



– nous aurions eu une contribution de premier ordre sur les arcanes de la féminitude.



Parce que le narrateur est mis, par sa nature profonde,… hors du jeu, ou du moins tenu par elle à distance, nous voilà privés des irisations, des diaprures – des lumières, que le contact… possessif d'une peau veloutée eût éveillées en lui et qu'il nous eût restituées, non par des notations sommaires, embarrassées, ou du moins communes, mais avec une justesse confondante et un lyrisme qui, si souvent, chez Proust, préserve « cette netteté incisive que la vie même ne revêt que dans l'art», comme dit Charles Du Bos. En bref, avec le même bonheur que la vue des clochers de Martinville, la voix d'une grand-mère au téléphone, les rives de la Vivonne, un champ de pommiers en fleur, la chambre de la tante Léonie à Combray, la petite phrase de la sonate de Vinteuil…



Ce que la majorité des lecteurs doivent à la femme, et qu'ils ne trouvent, dans La Recherche, qu'affadi, laconique, éludé, travesti, c'est, pour chacun d'eux, une expérience sans équivalent, présente, passée ou espérée, du lisse, du tiède, du souple, incarnés en des volumes qui s'assemblent ou s'engendrent harmonieusement ; c'est la bonne fortune d'une symétrie apte à réjouir deux mains et quatre membres. C'est la couche même où se démettre de son fardeau d'homme ; où déposer sa faiblesse invétérée d'enfant.



Après avoir déclaré que « C'est la jalousie qui fait d'Albertine une prisonnière […] », Ramon Fernandez précise, dans son Proust : « la jalousie, c'est-à-dire l'impuissance à posséder l'esprit, la conscience intime de l'être aimé, et l'impuissance à supporter son absence, autrement dit sa présence quelque part loin de nous, hors de nos prises. »



Certes, quel amoureux ne s'est irrité de ne pouvoir pénétrer les… arrière-pensées de l'être aimé ? À cela près, redisons-le, que les penchants –inavoués dans l'œuvre – du narrateur auront interposé un écran supplémentaire entre le front étanche de l'Autre, son for intérieur irréductible, et ce que les yeux, les oreilles nous en apprennent.



J'évoquais plus haut le célèbre « petit pan de mur jaune ». Si j'avais à me représenter l'extrême plaisir au féminin, j'interrogerais ce pan du corps qu'est un visage, tel que le figure, extatique, le peintre viennois de Serpent d'eau II ou de Danaé. Non ce que tente d'en suggérer le « romancier » d'Albertine.



Quel dommage que Proust n'ait pu lire Ces plaisirs, de Colette, paru en 1932 ! Il y aurait trouvé des portraits d'authentiques lesbiennes, peints en femme et en connaisseuse, avec une vigueur acérée, tempérée par une compréhension, une clémence, dont le narrateur – pensant, en les stigmatisant, mieux masquer sa vraie nature – est bien dépourvu.



Et qu'il aurait donc pu méditer ces lignes où Colette évoque « la tendre imposture » d'une femme mimant le plaisir pour son jeune amant ! Ce qui, dit-elle, tenait de « la plainte de rossignol, notes pleines, réitérées, identiques, l'une par l'autre prolongées, précipitées jusqu'à la rupture de leur tremblant équilibre au sommet d'un sanglot torrentiel… » Or, il ne se peut que cette Albertine incomestible, étrangement silencieuse même au terme de l'accouplement, n'ait eu recours à ce « mélodieux et miséricordieux mensonge ».



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Ces regrets formulés, qui ne sont pas minces eu égard à l'ambition du romancier, il reste de ployer la nuque en entrant dans le Temple du Temps évanoui, recueilli, ranimé, restauré dans sa nouveauté originelle ; dans la plus grande basilique aux innombrables absidioles, du paysage littéraire français, et qui subjuguera, jusqu'à la fin de la civilisation, des foules de fidèles par les proportions de l'édifice, la nourriture spirituelle raffinée, quintessenciée, qu'on vous y dispense sans compter. Car, dès que la spécificité des sexes s'efface, tout devient irrécusable quand le narrateur nous dépeint les affres de la jalousie, la douleur de la disparition d'un être aimé, les progrès cahoteux de l'oubli, et d'abord la simple grâce de vivre, tous sens en éveil.





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Les Murmures de l'amour



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L'amoureuse



Longtemps, je n'aurais rien su dire de la mort – présence, puissance assidues et en marge, sphinge à distance… Mais depuis qu'elle est devenue ta mort !…



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L'amoureux



Je regarde mes mains – et je m'interroge : comment, te caressant, ont-elles pu se résoudre à quitter les courbes dont elles se nourrissaient, qui leur faisaient honneur ? Sans doute ont-elles cru – fatale illusion – pouvoir toujours en disposer.



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François Solesmes, Les Murmures de l'amour, Encre marine.



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1er février




ALBERTINE


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II


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Les homosexuels passent pour apprécier la compagnie – rassurante – des femmes, leur environnement, le climat de douceur, de délicatesse qui émane d'elles. Et comme ils sont, pour celles-ci, des hommes dont elles n'ont rien à redouter, elles en feraient volontiers leurs chevaliers servants.


La place faite dans La Recherche aux mises et parures des dames, jeunes filles, compagnes, maîtresses et femmes de toute condition, témoigne de l'intérêt soutenu que le narrateur leur accorde. (Même si l'on doute qu'une femme, duchesse de Guermantes de surcroît, s'affaire obligeamment pour qu'Albertine puisse revêtir une copie de ses robes – de chez le couturier vénitien Fortuny !)


Le lecteur apprendra donc qu'Albertine « avait une conscience directe de sa toque de paille d'Italie et [d'une ] écharpe de soie » ; que, dans sa garde-robe, on trouvait une jupe de toile, une blouse blanche à pois bleus, une chemise de nuit, une robe de chambre, un kimono…


Il ne saura presque rien, en revanche, de l'être charnel d'une créature qui suscite pourtant, chez le narrateur, des regards « brûlants de désir », selon la formule convenue.


« Avant qu'Albertine m'eût obéi et eût enlevé ses souliers, j'entrouvrais sa chemise. Les deux petits seins haut remontés étaient si ronds qu'ils avaient moins l'air de faire partie intégrante de son corps que d'y avoir mûri comme deux fruits ; et son ventre (dissimulant la place qui chez l'homme s'enlaidit comme du crampon resté fiché dans une statue descellée) se refermait à la jonction des cuisses, par deux valves d'une courbe aussi assoupie, aussi reposante, aussi claustrale que celle de l'horizon quand le soleil a disparu. Elle ôtait ses souliers, se couchait près de moi. » (La Prisonnière)


Il est vrai que les rapports physiques des deux amants paraissent empreints de mysticisme :


« Quand je pense maintenant que mon amie […] avait sa chambre à vingt pas de la mienne, au bout du couloir, dans le cabinet à tapisseries de mon père, et que chaque soir, fort tard, avant de me quitter, elle glissait dans ma bouche sa langue, comme un aliment nourrissant et ayant le caractère presque sacré de toute chair à qui les souffrances que nous avons endurées à cause d'elle ont fini par conférer une sorte de douceur morale, […] » (La Prisonnière)


Ce qui s'affirme dans cette évocation au chapitre premier d'Albertine disparue :


« Je revoyais Albertine s'asseyant à son pianola, rose sous ses cheveux noirs ; je sentais, sur mes lèvres qu'elle essayait d'écarter, sa langue, sa langue maternelle, incomestible, nourricière et sainte, dont la flamme et la rosée secrètes faisaient que, même quand Albertine la faisait seulement glisser à la surface de mon cou, de mon ventre, ces caresses superficielles mais en quelque sorte faites par l'intérieur de sa chair, extériorisé comme une étoffe qui montrerait sa doublure, prenaient, même dans les attouchements les plus externes, comme la mystérieuse douceur d'une pénétration. »



« Une langue incomestible… » L'épithète est neuve. Vint-elle jamais à la pensée d'un amant de l'espèce commune ? Connut-il jamais, par « les attouchements les plus externes » de son cou, de son ventre, « la mystérieuse douceur d'une pénétration » ? (Formulation qu'il est permis de juger faible si l'on se souvient de la remarque de Charles Du Bos : « Proust a toujours conçu qu'en chaque circonstance, pour reprendre ses propres paroles, le devoir essentiel de l'esprit était "d'aller jusqu'au bout de son impression" ».) Cependant que le narrateur déclare, dans La Prisonnière, « je remplissais les devoirs d'une dévotion ardente et douloureuse dédiée comme une offrande à la jeunesse et à la beauté de la femme. »


Mais, dès lors, n'est-on pas en droit de s'étonner que nous n'ayons pas, d'un observateur aussi minutieux, d'un esthète aussi sagace, l'équivalent de ces blasons du XVIe siècle qui célébraient la chevelure, les yeux, la bouche, le sein, le ventre, et autres parties plus ou moins nobles du corps féminin ? Blasons qui auraient eu la même force incantatoire qu'un certain « petit pan de mur jaune » dans la Vue de Delft, de Vermeer.


Quel hymne au toucher, sens primordial, se serait composé au fil de sensations rapportées par un être tout d'antennes, de palpes et corpuscules tactiles, qui nous a donné tant de preuves de sa subtilité de perceptions et de son aptitude à nous les transmettre !


À peine saurons-nous, par bribes, qu'elle avait de « longs yeux bleus », « des cheveux en fleurs » qui lui faisaient, le matin, « au-dessus du regard souriant […] une couronne bouclée de violettes noires ». Cependant que son cou « qui sortait tout entier de sa chemise, était puissant (c'est moi qui souligne), doré, à gros grains ». (Il sera encore dit « plein et fort ». Peu féminin, donc.)


Est-ce la peur de choquer qui bride la plume du narrateur ? Il eût sans doute scandalisé une partie de ses lecteurs en célébrant, même en prince de l'image, de la métaphore, de l'allusion qu'il était, seins et cuisses et croupe et sexe d'Albertine ; il en offusque davantage en dissertant pesamment de l'inversion, au début de Sodome et Gomorrhe ; en relatant avec insistance les agissements du baron Charlus ; en se penchant, en entomologiste, sur les moeurs des lesbiennes, quitte à s'attirer ce jugement de Colette, forte de son expérience, dans Le Pur et l'Impur : « [Proust] fut-il abusé, fut-il ignorant ? quand il assemble une Gomorrhe d'insondables et vicieuses jeunes filles, dénonce une entente, une collectivité, une frénésie de mauvais anges, nous ne sommes plus que divertis, complaisants et un peu mous, ayant perdu le réconfort de la foudroyante vérité qui nous guidait à travers Sodome. »


Une vérité que lui dénie Gide, homosexuel avéré, écrivant dans son Journal, le 2 décembre 1921, après avoir lu des pages de Sodome et Gomorrhe : « Connaissant ce qu'il pense, ce qu'il est, il m'est difficile de voir là autre chose qu'une feinte, qu'un désir de se protéger, qu'un camouflage, on ne peut plus habile, car il ne peut être de l'avantage de personne de le dénoncer. »


Le jugement est sévère ? L'auteur de Corydon pouvait se le permettre. L'ouvrage, où il s'avoue sans fard pédéraste, paraît d'abord à petit nombre en 1911 et en 1920, avant d'être publié en édition courante en 1924, l'année de Si le grain ne meurt.


Par parenthèse, le sulfureux Ulysse de James Joyce est d'abord publié en feuilleton, en Amérique, de mars 1918 à décembre 1920, avant d'être édité à Paris le 2 février 1922, quelques mois avant la mort de Proust. L'Amant de Lady Chatterley, réputé obscène, paraît à Florence en 1928, à Paris en 1932, préfacé par André Malraux.



Pour s'en tenir à des ouvrages moins… scandaleux, Pierre Loüys – qui aime la femme – a publié, en 1885, Les Chansons de Bilitis. Paul-Jean Toulet, contemporain de Proust, – qui aime la femme – fait paraître, en 1905, Mon amie Nane, « Cette amie que je veux te montrer sous le linge, ô lecteur, ou bien parée des mille ajustements qui étaient comme une seconde figure de sa beauté […] »


Et même si Nane n'est qu'une silhouette, l'érotisme discret de l'auteur nous alerte encore.


« Nane avait choisi de faire chauffer sa chemise sur elle-même. Accroupie auprès du feu, elle transparaît à travers le lin, et il semble que la flamme l'ait dorée ; ou plutôt sa chair a la nuance d'un quartier de mandarine. Maintenant, elle me guette du coin de l'œil, et pose ; moins orgueilleuse de la décisive géométrie de son corps que de sa chair voluptueuse qui vous met l'âme au bout des doigts, de sa hanche qui se tend ou de ses secrètes ombres dont elle voit que ma figure malgré tout s'émeut.


« Et elle a un sourire parfaitement obscène. […] »


Ou ceci, tiré des Lettres à soi-même [11 mars 1906] :


« De retour chez vous, mon cher Paul, penserez-vous à votre amie ? Elle est si menue, avec des pieds et des mains inutiles, les os minces et, là tout autour, beaucoup d'étoffes bruissantes et magnifiques dont elle aime à se vêtir. Après tant de tissus où l'on s'irrite, que l'on froisse, quand se rencontre sa chair soudaine, c'est comme, un jour d'été, de découvrir, sous les herbes, une source fraîche et nue. »


Toulet est tenu pour un « petit maître ». Je m'étonne donc de voir si bien Nane accroupie auprès du feu, et de ne parvenir à me représenter Albertine palpée « sur toutes les parties de son corps », sans qu'elle s'éveillât. Il est vrai qu'elle dormait si profondément que le narrateur peut écrire : « Parfois […] je faisais pendre ma jambe contre la sienne, comme une rame qu'on laisse traîner et à laquelle on imprime de temps à autre une oscillation légère pareille au battement intermittent de l'aile qu'ont les oiseaux qui dorment en l'air. […] Le bruit de sa respiration devenant plus fort pouvait donner l'illusion de l'essoufflement du plaisir et quand le mien était à son terme, je pouvais l'embrasser sans avoir interrompu son sommeil. Il me semblait à ces moments-là que je venais de la posséder plus complètement, comme une chose inconsciente et sans résistance de la muette nature. »



C'est en 1905 que paraît Partage de Midi. Paul Claudel – qui aime la femme et abomine les invertis –, fait dialoguer en ces termes, à l'acte II, ses protagonistes :


« MESA – Ainsi donc / Je vous ai saisie ! et je tiens votre corps même / Entre mes bras et vous ne me faites point de résistance, et j'entends dans mes entrailles votre cœur qui bat ! / Il est vrai que vous n'êtes qu'une femme, mais moi je ne suis qu'un homme, / Et voici que je n'en puis plus, et / que je suis comme un affamé qui ne peut retenir ses larmes à la vue de la nourriture ! […]


…………………………………..


MESA – Je te préfère, Ysé !


Ysé – O parole comme un coup à mon flanc ! ô main de l'amour ! ô déplacement de notre cœur ! / O ineffable iniquité ! Ah viens donc et mange-moi comme une mangue ! Tout, tout, et moi ! »


[...]



Il faut s'y résoudre : le narrateur n'aura jamais un seul accent dont la justesse, la nouveauté – l'intrépidité ! – justifieraient le désir qu'il dit éprouver pour le corps féminin, le plaisir qu'il prétend en tirer. Toute velléité d'évocation de l'un et de l'autre tourne aussitôt court par un jeu de réminiscences, aperçus, considérations, dont la pertinence, le bonheur d'expression, font oublier au lecteur et l'écriture empruntée de ce qui précède et qu'ils font office... d'esquive.


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Les Murmures de l'amour


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L'amoureuse


Moi qui ne suis peintre, écrivain ou compositeur, laisse-moi donner ma mesure dans cet art difficile : dresser un écran entre la mort et l'aimé.


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L'amoureux


Même si elle mène à la mort, quelle belle pente s'étend devant nous… À l'image de celles que le vent développe quand on le fournit de sable, et qui sont une caresse pour l'œil – à l'égal de ta chute de reins !


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François Solesmes, Les Murmures de l'amour, Encre marine.


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