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Bonjour, ma tendre, ma profonde, ma conciliante et fraîche amie, et bonjour la joue du ciel effleurant ta joue.
* * * * * Textes divers, dont une chronique "En marge du site Mireille Sorgue".
arbres vi
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Est-il encore de ces ouches où se rendre, le repas fini, pour y cueillir une reinette du Canada, une « pêche de vigne » ramassée sur sa liquoreuse succulence, une poire William au profil de lourde goutte de vieil or pendue à bout de branche ?
Je demande aujourd'hui, l'été, aux grands arbres qui m'entourent une pulpe d'autre sorte.
Il ne faut l'attendre du pin, du sapin, du mélèze : leurs longs cils ne font pas écran au soleil ; aussi n'offrent-ils, à leur pied, qu'une gaze indécise, élimée. Les feuillus seuls permettent de suivre le conseil qu'Anna de Noailles formulait en ces faibles vers : « Prendre pour vêtement quand la chaleur est vive / L'ombre qui se balance au gré des feuilles vives ».
Encore n'est-ce qu'avec le temps que la pulpe sombre acquiert sa consistance, son efficace (ainsi qu'on le dit d'une certaine grâce). Ce qui invite à la regarder mûrir.
L'hiver s'achève, le coucou s'évertue à nous en avertir. Sur le sol, ne s'esquisse que la configuration des branches charpentières, puis celle de la ramure. Le tissu du feuillage a trop peu de cohésion pour que son ombre soit plus que lambeaux de tulle, touches légères de grisaille. Qu'arrière-pensée qui se peindrait, fugace, sur un front.
Puis, les jours passant, les ombres diluées, incertaines de leurs contours, s'agrègent, s'affermissent, humectent l'herbe – qui en verdoie. Il y a, entre feuillage et couvert, étoffement simultané. Et l'on peut alors parler d'ombrage avec ce que le terme induit de bénéfique pour le règne animal.
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L'ombre d'un arbre est à l'image de celui-ci. Celle du cyprès, dépourvue d'alvéoles, est d'un menhir granitique. Quand le chêne aère la sienne d'ajours, le tilleul, le charme, le châtaignier, nappent le sol d'un épanchement d'encre de seiche en fuite.
L'arbre est amarré à demeure. Assujetti, son ombre est sa sujette. Il la veut, à midi, rassemblée au plus près, telle une couvée ; mais il lui lâche la bride quand le soleil rejoint l'horizon. Elle fait sa révolution autour du tronc ainsi que cheval de manège aux yeux bandés, ou de noria. Ou bête au piquet paissant sans jamais relever la tête.
L'ombre – minérale – d'un mur, d'une paroi, est inerte, d'un tenant, sans profondeur ni franges. Elle n'a de seuil et ne vous souhaite la bienvenue : « Entrez donc ! Il fait si chaud, dehors… » Elle ne vous dévêt : « Mettez-vous à l'aise ! » Ni ne vous offre un bain. Et ni ne drape votre… nudité d'un voile léger, tiré d'un recoin obscur.
À pénétrer sous un couvert, on entre en l'une de ces maisons en pisé, au sol de terre battue, au toit de chaume, aux étroites fenêtres. Et la pénombre vous y est breuvage, à saveur de serein. Elle vous baigne, vous pénètre par osmose. On l'inspire à longs traits, et notre enveloppe, resserrée, tonifiée, s'ajuste à un moi condensé, décanté, pour la mieux goûter. L'âme s'en allège, se distend de l'aise du souffle. Comme au sortir d'une fontaine de Jouvence, l'homme d'âge se découvre rendu à un climat oublié où importaient l'haleine des sources, le ruisseau qu'on barrait d'une retenue de cailloux empilés, de menthe verte mâchonnée, d'osier qu'on écorce à demi pour en tirer des sons.
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L'ombre du noyer passait pour délétère ; celle du mancenillier pour vénéneuse. Mais ne faut-il pas placer au rang des plaisirs les plus raffinés celui d'un sommeil de sieste qui a, pour dais, un feuillage ? Celui d'une boisson fraîche prise sous une tonnelle ? Celui d'un soir englué de touffeur que l'on contemple d'une terrasse arborée ? Jusque dans une lumière déversée à l'aplomb des nuques, un réduit de crépuscule où faire halte ; où – distance prise –, recouvrer l'acuité du regard, la finesse de l'ouïe et du toucher ! Où renouer avec ces espaces à la fois restreints et non enclos où le temps qui écoute vous convie aux aveux et confidences – ô sous-bois des « Fêtes galantes » !
Où résigner son statut de roseau pensant et la figure qu'on fait parmi les hommes.
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Il reste que les plus lucides ne se réfugient sous un couvert qu'avec le sentiment d'échapper à demi à la vigilance d'un Œil aux dimensions de la voûte céleste. Et plus le jour est haut, impérieux, plus l'ombre atteste, pour qui sait voir, la permanence de l'humus, de la Nuit souterraine.
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l'arbre en poésie vi
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Sur le vert plus sombre / Chaque arbre à son tour / Couche sa grande ombre /
À la fin du jour.
Alphonse de LAMARTINE
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[…] Puis plus rien qu'un arbre qui penche / dans l'obscurité de ses branches /
avec son ombre de côté / comme sous un poids qui l'accable ; /
et cet autre se laisse aller / en avant comme un dormeur / qui a les coudes sur la table.
Charles-Ferdinand RAMUZ
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L'arbre à midi rempli de nuit / la répand le soir à côté de lui.
Jean COCTEAU
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Le vénérable chêne qui veille de son ombre comme un chien dans les cours.
Jean MALRIEU
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Oliviers dégageant ses verts de lune en plein soleil
Nathalie BARNEY
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Sous l'arbre d'où pleut la pâleur
Louise de VILMORIN
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L'ombre des arbres dans la rivière embrumée / Meurt comme de la fumée.
Paul VERLAINE
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Vieux peuplier / Tu es tombé / Dans le miroir / De l'eau dormante.
Federico GARCIA LORCA
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Dieux ! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts !
Jean Racine
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La nuit / Il y a des arbres / Où le vent s'arrête / Sans bruit se déshabille //
Et au matin les gens de la vallée / Disent avec un sourire / Cette nuit le vent s'est calmé.
Paul VINCENSINI
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Les cheveux gris, quand jeunesse les porte / Font doux les yeux et le teint éclatant ; /
Je trouve un plaisir de la même sorte / À vous voir, beaux oliviers de printemps.
Jean COCTEAU
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Le Tilleul
Il éveille les abeilles et midi / l'été / l'heure dorée des ruches / l'amour avant l'amour. /
Il donne une rondeur au monde / et mûrit dans la mémoire. /
C'est toute la plus volumineuse richesse / soudain gonflée de lumière légère.
James sacré
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Les tilleuls ont l'odeur des âpres cheveux bruns
Renée VIVIEN
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Une armure sous un arbre / Un bel arbre / Ses branches sont des ruisseaux / Sous les feuilles / Ils boivent aux sources du soleil / leurs poissons chantent comme des perles.
Paul ELUARD
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******************************************Assemblée dans un parcDe hautes frondaisons vaporeuses d'essences indéterminées. Par grandes masses, des brouillards de verdure infusée de lueurs de couchant – ou d'automne, et c'est bien un climat de déclin qui baigne L'Assemblée dans un parc, Les Divertissements champêtres, La Perspective, Le Rendez-vous de chasse, L'Embarquement pour Cythère ou Les Plaisirs d'amour. Sous le couvert, ou dans une clairière, assis, debout, des couples s'entretiennent, badinent, et cela fait, sur l'herbe, des jonchées de reflets de satin. Nulle paysanne. On s'est réunis en oisifs fortunés pour coqueter, courtiser – se divertir au sens pascalien. Aussi n'est-il de décor mieux accordé à de tels commerces que ces arbres de songe, à la fois proches et lointains, qui épanchent autour d'eux loisir et sérénité.
Mais nous qui regardons ces images d'un monde depuis des siècles évanoui – et redevenu poussière, de nous demander si ces couples, et d'abord ces femmes n'attendaient pas inconsciemment de l'arbre qu'il balançât, par sa pérennité, la fugacité de leurs charmes, la fragilité des serments échangés. Qu'il fût le témoin, le garant, de leurs attachements. Que vulnérables nous semblent ces minois laiteux, si exigus au regard des feuillages dressés en vague qui va vous engloutir ! Il n'est aucune de ces scènes champêtres, que ne menace un rideau prêt à tomber.
« La chair est triste, hélas… » Alors même qu'on s'embarque pour Cythère, l'expectative, la réticence ou la mélancolie du rassasiement, ont déjà fané maints plaisants visages féminins. Un arbre aux tortueuses ramures versant sur les couples la « tristesse musicale et doucement contagieuse » dont parlent les Goncourt.
Mortels sont aussi les arbres mais, jamais autant que chez Watteau, ils n'auront dénoncé, de leur muette présence, les vanités humaines. Celles des parures, celles de nos réjouissances, de nos… déduits. De nos parties de campagne.
Le peintre a-t-il la prescience de sa mort prématurée – à l'âge où Mozart disparaît ? En ses féeries, on perçoit bien plus d'âpres sonorités de viole de gambe que d'allègres envolées de clavecin. Les grâces – la grâce – des premiers plans sont gagnées, ternies, par le suspens de feuillages touffus, parfois rendus avec minutie, souvent traités en sfumatos, exposés à l'effritement et chargés du crépuscule qui s'est massé là pour attendre son heure.
C'est d'une touche légère, quasi distraite, que Watteau immisce la mort en ses tableaux, mais elle est bien là, dans chaque pose avantageuse des galants et, avec prédilection, dans chaque geste gracieux, figé, chaque sourire des « belles écouteuses » à la carnation de fleur d'églantine.
Sans doute, encore, ces assemblées d'arbres devaient-elles nourrir, à l'insu même des mortelles, la nostalgie d'un Eden dont Cythère n'eût été qu'un fleuron. Cette dimension n'étant pas la moindre dans l'enchantement mélancolique que nous donne toujours les scènes champêtres du peintre.
Je suis sorti à reculons de la pièce où l'on exposait L'Enseigne de Gersaint. Mais c'est de la confrontation, ménagée par Watteau, de la femme et d'un parc, que je tire le plus d'enseignements. Oui, l'amour que le boudoir, l'alcôve, entachent de culpabilité, devrait trouver en pareils lieux le libre espace sans bornes où donner sa mesure ; le Temple où être consacré. Son appartenance, surtout, à ce qui, sève et sang, s'arrache de terre et s'érige, irrépressible.
Pourquoi suis-je seul à percevoir en chaque arbre le style d'un cadran solaire ? Seul à entendre ce que susurrent les feuillages en contrepoint des promesses, flatteries et mignardises ?
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l'arbre en poésie
Et les cyprès tiennent la lune dans leurs doigts
Pierre reverdy
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**Qu'il leur faut monter vers le jour ?
Pablo neruda
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C'est un naufrage dans le vide, avec un alentour de sanglots.
Pablo nerudA
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****est la peau même du printemps
Pablo nerudA
Les forêts ocellées constellées et chantantes […]
Maurice fombeure
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Et sous des yeux d'étoiles épanouie
Germain nouveau
Le saule pleureur, c'est une averse de verdure
Francis jammes
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Si tu ne fais de tout : musique, tu as perdu, mon pauvre ami ;
Géo norge
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Le chêne / S'offre le crépuscule
guillevic
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Chaque arbre / A sa façon
guillevic
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guillevic
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guillevic
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Je m'appuierai sur l'arbre / Et l'arbre sur les interstices /
guillevic
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Beau tilleul somnolent cher aux graves abeilles […]
milosz
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[…] et du tilleul descend une vapeur blonde qui sent l'écorce, la fleur, la patience et le nid.
Loys MASSON
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Là-bas le sapin étend sa main noire au bord des tours du château pour voir s'il pleut.
Léon-Paul FARGUE
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Comme un grand arbre qui s'en va rechercher le roc et le tuf de l'embrassement et de la vis de ses quatre-vingt deux racines !
Paul CLAUDEL
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arbres
IV
Bien mieux que chez les conifères, c'est avec les feuillus que se manifestent la conjonction et l'amalgame des quatre éléments.
La terre est le socle, l'assise. Seuls et pour quelques minutes, l'éboulement, le séisme, la tirent de son inertie. Nous la foulons d'un pas confiant ; elle subit sans broncher les scarifications de la charrue, l'éventration du carrier.
L'herbe, la ronce, nous la dérobent ; mais c'est bien la terre – le sel de la terre – qui, avec l'arbre, surgit et s'étage sous nos yeux – d'abord en colonne puis, se ramifiant, en une nuée de lamelles, aux nuances de marnes vertes. L'humus s'est mué en faisceaux de fibres ligneuses ; il s'est édifié selon une rayonnante symétrie, un équilibre de forces où se conjuguent dispersion et stabilité. Nous n'avons d'ailes, d'ailerons. Réduits à nos ressources, la pesanteur nous astreint continûment. Et l'arbre aussi subit l'attraction terrestre, et son effort pour lui échapper a toujours ses limites, ô séquoias de Californie ! Du moins est-il figure de l'ascension, de l'évasion, et y a-t-il dans tout arbre digne de contemplation un haut-les-cœurs implicite qui nous fait redresser la taille, nous invite à l'élévation et nous confirme la prééminence de la station debout.
Dans la foule sans fierté des haies, des sous-bois, dans tout ce qui rampe ou buissonne sans jamais prendre ses distances avec la terre, et ne sait croître que dans la confusion, il affirme, il arbore son essence, son individualité.
Si riche en minéraux que soit le sol, l'arbre ne pourrait grandir sans l'eau. Devant un feuillage effervescent de marronnier, de tilleul, de charme ou de châtaignier, on croit voir fuser un roide geyser qui ne connaîtrait d'intermittences et dont la gerbe demeurerait suspendue. Ah! Il faut qu'ainsi loin du moindre ruisseau, une source profuse soit sous ce tronc qui d'abord la canalise avant qu'elle ne se distribue à la ronde et s'amincisse en limbes!
(Mais le botaniste invoquerait plutôt la puissance d'aspiration d'une masse de feuilles criblées de stomates ; d'un système où, par quelque alchimie, une eau ascendante se change en sève descendante, nourricière.)
Il est plusieurs « états de l'eau ». Qui longe, arborée, une rive de lac, une berge de rivière, s'avise-t-il qu'il voit à la fois une eau docile, en nappe, dans sa cohésion extrême, et une eau qui s'est érigée et, verdie, se dissémine et s'ébouriffe ?
L'ombre d'un feuillu n'aurait tant de fraîcheur, elle ne « mouillerait » pas si bien l'herbe, sous le couvert, si ne s'interposait, entre le soleil et nous, un amoncellement de parenchymes comme tissus de sève.
On assiste, à considérer l'arbre, à l'assomption, à la sublimation de la terre et de l'eau confondues. Et si le regard s'attache à la plus haute feuille, on y voit se dissiper ce qui a consistance et poids en ce monde. Peut-être même y surprendra-t-on, toute gangue renoncée, l'avènement de l'esprit.
Un arbre doit au sol et à l'eau ; non moins à la lumière. Se trouver sous le regard de l'astre, bénéficier de ses largesses – et il dispense l'or à foison –, est pour chaque feuille primordial. Or les courtisans se pressent en nombre, quitte à vous faire de l'ombre. Aussi le climat est-il, sous des dehors bénins, celui d'une rivalité, d'un antagonisme, qui renaissent à chaque aurore.
Selon leur port, l'ordonnance de la ramée, l'aspect des limbes, les feuillus accueillent diversement la manne solaire. L'olivier la change en un embrun de poussière d'argent ; le bouleau l'éparpille en pendeloques de luisants confettis. Que la brise visite le peuplier d'Italie, et la lumière devient ruissellement d'averse verticale, transversale, qui fait de l'ensemble un miroir aux alouettes. Mais, trop gorgé de nuit résiduelle, le feuillage touffu du chêne, du tilleul, ne nous apparaît que lamé de mica
Les peuples qui vénéraient le soleil, qui édifiaient à Ahura Mazda des autels du feu, avaient-ils conscience que l'arbre rend grâces au dieu à minuscules paumes levées, en une muette acclamation, et que, la brise aidant, ils répandaient des libations en son honneur ?
L'air, en ce beau jour, paraît figé. Image de la contention, le chêne ne bronche. Le hêtre, l'érable sycomore, ne sont pas moins pensifs. Nul frémissement n'agite les minces palettes du platane. Mais le bouleau nous avertit, de ses médailles pendantes : l'air est un fluide et qui s'écoule, ainsi que l'eau, sous la peau unie de la rivière de plaine. Nous avons pu nous croire épargné par une durée perçue comme stagnante : le feuillage diaphane, sans consistance, du bouleau capte en sismographe « le tremblement du temps ». Et que cela nous tienne éveillé : sa migration n'a de trêve, ni l'érosion de toute chose et de nous-même qui s'ensuit!
(Quoi de plus assuré qu'un grand chêne solitaire qui, de son pilon, se soumet la terre, et dont la membrure, le feuillage, font refluer l'horizon ? Mais la masse est telle ces rochers affouillés par la vague et les mollusques rongeurs. L'âme peut bien s'affermir à sa vue: que l'esprit n'oublie pas l'enseignement du bouleau!)
Ici devrait se placer un éloge de la brise. Nos tempes, nos joues, nos mains, lui savent gré de son pouvoir astringent comme si le moi, ses contours ravivés, en retirait davantage de cohésion. La brise, pour le feuillu, n'est pas simple et brève onction, mais – et que l'amant s'en souvienne ! – de ces caresses qui, lustrant ce qu'on nomme épiderme, pénètrent et réjouissent la masse.
Celles, fantasques, de la brise insufflent à l'arbre un état d'active nonchalance, de velléités qui, même tournant court, le font aspirer à l'Ailleurs. On a jeté l'ancre, le port s'est enlisé, mais l'espace bruit d'une voilure dans l'impatience de l'appareillage.
Il n'est d'essence d'arbre qui ne reçoive la brise à sa façon. Quand les conifères ne savent guère que filtrer, peigner, tramer ce qui les envahit, le peuplier d'Italie s'enfièvre d'un coup pour devenir une quenouille fourmillante de trémoussements, cillements, amorces d'essor ; et l'on croit voir une multitudes de bribes de mouchoirs agités pour un départ toujours remis. Ou le feuillage serait-il consumé en un terne brasillement ? Mais ce frisson d'eau vive à son étiage, sur un lit de gravier!…
Le chêne, lui, sait raison garder. Son feuillage multiplie les molles approbations de courtoisie de qui se veut d'humeur conciliante, non sans dissimuler, par des hochements de tête répétés, les objections qu'il pourrait faire, l'irrésolution où il demeure. Il a l'ossature d'un perclus, mais qu'on le tire de sa méditation, et il donne à l'esprit, par ses pesées du pour et du contre, une leçon de scrupule.
La brise courtise les feuillages sans plus se décourager, malgré ses intermittences, que ces amoureux du Grand Siècle qui faisaient parfois leur cour des années avant que la coquette ne se rendît. Mais l'air a ses crues, ses dévalements fougueux, ses emportements. Si le vent s'affaisse, rompu, au bas des parois à toute épreuve, à peine rencontre-t-il un arbre, qu'il fait sur lui main basse, le houspille, le pressure, l'échevelle, s'empêtre à demi en la nasse, s'en dépêtre et renaît, torrent lisse et limpide à courbure de méridien.
Grand être éperdu, révulsé, l'arbre lui oppose la coriacité de ses fibres aériennes, souterraines ; sa résolution de sédentaire invétéré, captif heureux de son sol, de ses alentours, qui hait l'outrance, la presse, et ces façons de soudard.
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l'arbre en poésie iv
Svelte / comme le tronc liquide d'un peuplier
Octavio Paz
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Qui sait aimer [le chêne] est aimé du silence.
Et l'oiseau bleu qui vit en ramé couve jalousement la légende du futur au goût de sève et de rosée.
Géo norge
L'arbre que l'hiver creuse et qu'il délabre
De terre à ciel est un chemin battu,
Avril aux tendres mains quand viendras-tu
Quand, rallumer tout le grand candélabre ?
Lanza del Vasto
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Qu'on ne me parle pas du calme des arbres, ni de celui d'un ciel nocturne. Ce serait mal connaître la nature. Elle donne, hélas ! l'exemple d'un duel ininterrompu, d'un mouvement qui se suicide et puise sa vitalité superbe dans la mort.
Jean cocteau
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Au temps du gazouillis des feuilles, en avril,
La voix du divin Pan s'avive de folie.
Stuart merill
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Toute la forêt trouble
Est une immense araignée.
Federico Garcia lorca
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Arbre, bocal d'oiseaux, feu de Bengale entre les îles !
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O pure élévation !
O pur surpassement !
Rainer Maria rilke
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Peuplier, à sa juste place
Qui oppose sa verticale
À la lente verdure robuste
Qui s'étire et qui s'étale
Rainer Maria rilke
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Comme ils prennent le vent, les ombres et la vie
Patrice de la tour du pin
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La malédiction habituelle aux végétaux : devoir vivre éternellement avec le poids de tous ses gestes depuis l'enfance. (Le pin, lui, « a une permission d'oubli. »)
Francis ponge
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Gaston bachelard
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L'arbre est l'être du grand rythme, le véritable être du rythme annuel. C'est lui qui est le plus net, le plus exact, le plus sûr, le plus riche, le plus exubérant dans ses manifestations rythmiques.
Gaston bachelard
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Les palmiers trouvant une forme
Où balancer leur plaisir pur
Appelaient de loin les oiseaux.
Jules supervielle
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Chaque arbre est un archer qui lance des oiseaux
Jules supervielle
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René char
Harpe brève des mélèzes
René char