* * * * * Textes divers, dont une chronique "En marge du site Mireille Sorgue".

Bienvenue...

sur le blog de François Solesmes,
écrivain de l'arbre, de l'océan, de la femme, de l'amour...,
dédicataire de L'Amant de Mireille Sorgue.


Le 1er et le 15 de chaque mois, sont mis en ligne des textes inédits de François Solesmes.

Ont parfois été intégrées (en bleu foncé), des citations méritant, selon lui, d'être proposées à ses lecteurs.


La rubrique "En marge du site Mirelle Sorgue" débute en juin 2009 , pour se terminer en juin 2010 [ en mauve]. Deux chapitres ont été ajoutés ultérieurement, dont un le 1er octobre 2012. A chercher, dans les archives du blog, en mai 2010 (1er juin 2010), à la fin de la "Chronique en marge du site de Mireille Sorgue".
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BIBLIOGRAPHIE THEMATIQUE

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LA FEMME
Les Hanches étroites (Gallimard)
La Nonpareille (Phébus)
Fastes intimes (Phébus)
L'Inaugurale (Encre Marine)
L'Étrangère (Encre Marine)
Une fille passe ( Encre Marine)
Prisme du féminin ( Encre Marine)
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L'AMANTE
L'Amante (Albin Michel)
Eloge de la caresse (Phébus)

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L'AMOUR
Les Murmures de l'amour (Encre Marine)
L'Amour le désamour (Encre Marine)

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L'OCEAN
Ode à l'Océan (Encre Marine)
Océaniques (Encre Marine)
Marées (Encre Marine)
L'île même (Encre Marine)
"Encore! encore la mer " (Encre Marine)

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L'ARBRE
Eloge de l'arbre (Encre Marine)

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CRITIQUE
Georges de la Tour (Clairefontaine)
Sur la Sainte Victoire [Cézanne] (Centre d'Art, Rousset-sur-Arc)

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EDITION
Mireille Sorgue, Lettres à l'Amant, 2 volumes parus (Albin Michel)
Mireille Sorgue, L'Amant (Albin Michel) [Etablissement du texte et annotations]
François Mauriac, Mozart et autres écrits sur la musique (Encre Marine) [ Textes réunis, annotés et préfacés]
En marge de la mer [ Texte accompagné de trois eaux-fortes originales de Stéphane Quoniam ] Éditions "à distance".
Galets[ Texte accompagné des trois aquatintes de Stéphane Quoniam ] Éditions "à distance".
Orages [ Texte accompagné d'aquatintes de Stéphane Quoniam] Editions "à distance".

Textes publiés dans ce blog / Table analytique


Chroniques
Mireille Sorgue
15/03/2009; 15/06/2009-1er/06/2010
L'écriture au féminin 1er/03-15/12/2012
Albertine (Proust) 15/01-15/02/2011
Les "Amies" 1er/03-1er/04/2011
Anna de Noailles 1er / 11 / 2017 - 1er / 01/2018
Arbres 1er/06-15/08/2010
L'Arbre en ses saisons 2015
L'arbre fluvial /01-1er/02/2013
Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo 15/10 - 15/11/2015
Mireille Balin 15/11/10-1er/01/2011
Rivages 15/02-15/04/2013
Senteurs 15/09/2011; 15/01-15/02/2012
Vagues 1er/10/2011-1er/01/2012
"Vue sur la mer" été 2013; été 2014; été 2015; été 2016
Aux mânes de Paul Valéry 11 et 12 2013
Correspondance
Comtesse de Sabran – Chevalier de Boufflers 15/01/14-15/02/14
Rendez-nous la mer 15/03 - 1/06/2014
Séraphine de Senlis 2016

Textes divers
Flore

Conifères 15/06/2014
Le champ de tournesols 15/07/2010
La figue 15/09/2010
Le Chêne de Flagey 1er/03/2014
Le chèvrefeuille 15/06/2016
Marée haute (la forêt) 1er/08/2010
Plantes des dunes 15/08/2010 et 1er/11/2010
Racines 1er/06/2016
Sur une odeur 1er/03/2009
Une rose d'automne 15/12/2015-15/01/2016
Autour de la mer
Galets 1er/07/2010
Notes sur la mer 15/05/2009
Le filet 15/08/2010
Sirènes 15/09/2018
Autour de la littérature
Sur une biographie (Malraux-Todd) 1er/05/2009
En marge de L'Inaugurale 1er/01/2009
Sur L'Étrangère 15/06/2010
De l'élégance en édition 15/06/2009
En écoutant André Breton 15/01/2009
Lettre à un amuseur public 1er/02/2009
Comment souhaiteriez-vous être lu? 1er/06/2009
Lettre ouverte à une journaliste 1er/09/2011
Maigre immortalité 10 et 11 / 2014
Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo 2015
La Femme selon Jules Michelet 2016
La Mer selon Jules Michelet 2016
Gratitude à Paul Eluard 1/05/2016

Autres textes
L'ambre gris 15/10/2010
Ce qui ne se dit pas 15/06/2010
La blessure 1er/12/2015
La lapidation 1er/09/2010
Où voudriez-vous vivre? 1er/04/2009
Pour un éloge du silence 1er/10/2010
Sur le chocolat 15/04/2009
Annonces matrimoniales 15/04/2011
Tempête 15/02/2009
Le rossignol 1er et 15/05/2011
Nouveaux Murmures mai et juin 2013
Variations sur Maillol 15/01/15
Sexes et Genre 02/15 et 01/03/15
Correspondances


OEUVRES INEDITES
Corps féminin qui tant est tendre 1er janvier - 1er septembre 2018
Provence profonde 15/10/2016 - 15/10/2017
Sirènes (pièce en 5 actes) 1er octobre - 1er décembre 2018


mardi

15 janvier 2013 L'ARBRE FLUVIAL (II)



l'arbre fluvial  (II)
*
L'Autize de mon enfance n'est qu'un mince affluent qu'on traverse à gué l'été. Je ne sus que plus tard qu'à un certain degré d'ampleur et de puissance, une rivière acquiert le statut de fleuve. Et je sus gré au Val de Loire de m'en fournir le modèle.
Le ruisseau, la rivière, se coulent en loutre dans le paysage. Devenue fleuve, la Loire, dans son cours inférieur, s'affranchit de ses rives ; elle s'étale, se subdivise en diverticules, baigne ou déserte ses îles – vaisseaux à l'ancre dont la charge de saules et de peupliers accuse l'éploiement horizontal des terres avoisinantes, ainsi d'une table encombrée qu'un ample mouvement de bras du potentat eût déblayée.
Ses rives verdoyantes repoussées au plus loin, le fleuve devient l'assise de visible. Dès la source, les eaux sont trains de brindilles, puis de bois flottés. Avec le fleuve de plaine, l'horizontale s'épanche, ouvre à plat l'album de la Création. La Terre est ronde ? Plane est l'aire sous nos yeux ; en équilibre, les plateaux du réel. Maints horizons par le monde sont fermés ? L'évasure de celui-ci laisse pressentir l'abaissement ultime.
*
A-t-on célébré en l'estuaire l'un des plus beaux paysages ? Les eaux s'écartèrent devant Moïse. Ici, ce sont les terres qui sont rejetées jusqu'à n'être plus qu'un incertain ressaut d'ombre. Un « Place ! Place ! » implicite s'élève de l'étendue liquide. Le monde retrouve son aspect originel quand l'Esprit de Dieu flottait sur les eaux. Que soit raturé, comme scorie, tout vestige minéral, végétal, afin que seuls subsistent deux empires superposant leur vol plané, chacun d'eux « d'un seul tenant » ; celui d'en bas, en voie de doucissage, reflétant celui d'en haut. Trop embarrassée, enchevêtré de sablons, lambeaux d'alluvions, massifs bocagers, qui s'équivalent, cependant qu'elle brille de l'infinité des routes qui convergent vers elle.
Une rivière disjoint, entrebâille des volets. L'estuaire repousse tout grands les deux vantaux terrestres ; et le jour se vautre à pleine panse sur ce qui est esplanade liquide, glacis de quelle forteresse d'air, parvis de ce qu'un poète nomma « Temple du Temps ». Par l'estuaire, un ciel diluvien met son genou sur le globe et le terrasse mieux qu'il ne le fait par toute cime.
*
Le spectateur néanmoins s'interroge : déversées des nues en Niagara, en langue de glacier, cette clarté, ou bien venue des confins terrestres ? Des labours, des forêts, n'émane d'éclat. Voici qu'avec l'estuaire, un mascaret de lumière remonte le fleuve, patinant de noblesse les châteaux riverains. Ah, il faut que « là-bas » soit une fournaise pour que son brasillement distende à ce point la vue !
Parce que l'évidemment est illimité, que l'immensité est sous-jacente au paysage et commence à nos pieds, nous saurions vous nommer, même sans ces incursions de mouettes, Foyer dont la radiance nappe le chenal des eaux !
Celui qui a vu l'Océan ne doute pas que, de l'astre liquide, procède la rayonnante lumière des embouchures – qui s'essore par notre face. N'a-t-il pas reconnu son éclat, propagé de l'aval jusqu'à l'amont, jusque dans les lueurs cordonnées du ruisseau ? Admirant qu'à contre-fil, de confluent en confluent, par branches charpentières, torses comme tronc de glycine, l'Océan vienne mettre sa griffe d'agate sur les replis les plus reculés du continent.
Pourtant, à regarder une carte, une autre image s'impose : ce réseau hydrographique qui s'enracine en un rivage marin, c'est l'empreinte fossile d'un grand arbre, fibres à nu, dont la sève descendante va connaître une radicale mutation.
*
*
*
Douce, l'eau qui répond à la définition qu'apprend l'écolier. Incolore, inodore, sans saveur, elle accumule les manques, ce qui la range parmi les simples, voués à la discrétion, à l'humilité. De fait, sans relief, l'interstice ne la rebute ; sans saveur, elle ne colore nos lèvres, ne les tire de leur vacance, plus que la pluie ou le brouillard de l'aube.
Fade (ne faudrait-il pas faire l'éloge de la fadeur ?), elle est facile mais fuyante. Comme grevée, de naissance, d'une inquiétude essentielle, se déprendre semble son obsession. Libre, il n'est de ses mouvements qui ne soit réponse au signe qu'on lui fait de gagner l'assise où connaître enfin, avec la position d'équilibre, la fin de ses tribulations, à défaut de partager le sort des gouttes d'eau captives pour l'éternité de l'ambre jaune.
Les eaux étroites sont sous le règne du longitudinal et du continu. À moins que l'été ne tarisse les sources, ruisseaux et rivières enchaînent leurs flots, les amalgament, mus par un seul dessein.
Avec l'océan, le fleuve rencontre un domaine où le sens n'a plus cours. Les astres, la boussole, éclairent l'homme ; les eaux douces que leurs berges guidaient, se perdent en un dôme où toutes directions, convergent, s'entrecroisent et s'annulent.
D'une rive à l'autre, notre regard jetait une arche sur la coulée liquide. La voici résorbée dans l'immensurable, étourdie par le tournoiement de l'ailleurs.
Les eaux courantes allaient leur train selon un tracé qui n'autorisait guère les divagations. La cuve marine atteinte, les voilà basculées, assénées, dispersées, éparpillées en rideaux de dentelle ou en mitraille selon l'obstacle, et sans relâche inquiétées.
Elles étaient réputées douces : on les rend hargneuses, offensives, gréseuses à l'image du minéral qu'elles affrontent. On évoquait, devant leur surface, le dos de la lamproie. Leur sort le plus commun est l'horripilation, à vagues acérées. Ainsi passerait-on du galet au silex taillé, de la plaine sédimentaire à la nappe de charriage, porphyre et olivine mêlés.
Rivières et fleuves au naturel sont faisceaux de muscles lisses qui s'étirent bienheureusement comme jambes de jeune femme dans le lit. L'océan en fait des muscles striés, voués à la contraction, à la volte et au rebond, à l'accolade et à l'assaut, à la morsure, à la caresse.
Mais surtout, un autre temps les régit. Celui des eaux courantes paraît accordé à ce qui fait croître les arbres et périr les civilisations. Celui des rivages océaniques, cyclique, gouverné par les astres, tout à tour vous propulse et vous soutire, vous éperonne ou sonne la retraite. On vous vanne de côte en côte ; on vous lance à l'assaut des continents ; les détroits vous prennent à bras le corps ; les récifs vous catapultent et vous dilacèrent.
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Vous couliez avec des frôlement de brise longeant une paroi indéfinie – un clapotis pour ponctuation. Ce n'étaient, au long de votre cours en plaine qu'adieux se démaillant par les berges, susurrements d'eaux qu'on fronce et déplisse. Et vous voici en présence d'une clameur diffuse, faites d'assertions obstinément répétées ; d'un espace dense, mouvant, qui s'embrase de gris malgré le grand jour.
Vous fûtes une note, un pépiement, un arpège, un motif détimbré, et vous débouchez sur un chorus qui prendrait consistance, sans cesse mis à mal par des hourras tamisés, translucides. Ou, parfois, à fond de baie ou de golfe, dans le chatoiement d'air d'une pièce de satin qu'un mouvement de poignet ferait valoir à l'étal.
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Les Murmures de l'amour…
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L'amoureuse :
Si je t'écris longuement, ce n'est pas par un travers de bavarde, mais faute d'avoir trouvé le mot – unique – où tiendrait mon amour. Sens-tu, à me lire, mon désespoir d'être « muette » ?
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L'amoureux
Tu es continûment sur mon chemin, inévitable, et je dois te traverser pour passer outre. Mais tu te (re)présentes aussitôt à moi, intacte, avec la constante nouveauté des bêtes libres.
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François Solesmes, Les Murmures de l'amour, , édition Encre marine.
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1er janvier 2013 L'ARBRE FLUVIAL (1)



L'arbre fluvial  (1)
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« Vous nous avez montré l'océan dans tous ses états. Les eaux courantes, semble-t-il, vous retiennent moins. »
Il est vrai. Sans doute pour avoir grandi dans une campagne calcaire, aux puits profonds. Mais le garçon qui n'avait encore vu la mer descendait parfois à la rivière, assuré de ne jamais la retrouver telle qu'en son souvenir.
C'est l'été. La plaine pantelle sous le soleil ; mais, gagné le fond de la vallée, la fraîcheur vous tonifie les joues, le front, creuse votre respiration. Des eaux ductiles comme pâte à berlingots verts coulent entre les pierres du lit avec une prestesse de loutre. D'où venues ?
Je n'avais encore vu la mutation d'une paroi de roche compacte en filon de roche fluide, cristalline – avatar saisissant dans les sources vauclusiennes quand, au bas d'une échancrure de plateau, fusent et bouillonnent des flots glacés, dans un hourvari scandé de cigales cisaillant les proches platanes.
Je n'avais vu les premiers pas d'une rivière, quand les graviers rendent le ruisseau « scrupuleux », selon le mot du Poète, et lui enseignent l'art de transiger. Et non plus de confluent, quand deux courants se rejoignent, sans se mêler d'abord, le plus puissant drossant l'autre à la rive, avant que de fondre leurs destins.
L'enfant n'avait, sous les yeux, qu'un tronçon de parcours : une courbe du lit qui allait s'effilant, bornait le regard. Simplement, cela passait. Il y avait, dans un monde perclus, entre des berges qui appartenaient à la terre, les figures mêlées de la jeunesse, de la vivacité, de la résolution.
Cela passait, inépuisable eût-on dit, et c'était l'insaisissable même : les doigts spontanément joints n'en pouvaient rien retenir ; la chaussée du moulin n'y parvenait davantage, que l'eau, aussi malléable que ductile, enjambait en se jouant.
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Au printemps, à l'automne, la rivière se conformait à l'image mentale que nous en avons : entre des rives où saules, osiers, ajoncs, foisonnent de sève, s'allonge une clairière laquée, vitrifiée, où le jour prend pied, où infusent, leur cime en bas, les arbres qui la bordent. L'effervescence végétale se disjoint et laisse place à l'arasement. Et cette perspective horizontale nous dispose à l'équilibre, à la sérénité. À la songerie ouverte, sans objet, que nous instillent le bruissement tombé du feuillage, le susurrement des berges auxquelles le flot balbutie un adieu, cependant que nous vient le désir de ne plus bouger, requis par les sensations processionnelles qu'on nous dispense à satiété. Car si tout semble frappé d'un charme, la rivière n'en coule pas moins – sous son épiderme.
Flâneuses en demi-saison, les eaux changeaient d'aspect selon l'heure, l'état du ciel, et les humeurs de sa brise d'escorte. Que brille le soleil, et s'amorce, sous vos yeux, une allée jonchée de grésil, de lambeaux de neige, ou d'efflorescences de saline ; un chemin constellé de pétales blancs – pour quelle procession du Saint-Sacrement ? Parfois, la rivière s'écoule sous une tunique de « croco », de cuir chagriné. Elle peut être glace dépolie, mais aussi miroir donnant, aux reflets du feuillage, une netteté d'image à la parfaite mise au point.
Il faut quelque imprudence pour se noyer quand des sablons effilés subdivisent le courant. Mais quand nulle aspérité du lit ne crève la surface des eaux ? Le jeune contemplateur qui ne savait encore nager pressentait que, sous ces dehors benoîts, cette apparente indifférence, on était aux aguets, prêt à vous étouffer.
Au moins, face à la crue, à la violence faite au courant, à l'air, savait-on qu'il fallait se tenir à distance.
Gonflées, les eaux nous rappellent leur fréquentation de la terre. À la suite de quelle rupture de barrage, celles que voici ont-elles coupé court par des labours ? Écailleuses ou crêtées, parfois en successions de bords de lauzes, elles sont saisies d'une fougue e coulée de lave. La pente qui les meut aurait-elle basculé ? Elles n'ont plus le temps de refléter le ciel, ni les arbres qu'elles ceinturent à mi-tronc, berges transgressées, abolies. Et la vallée est telle une barge chargée à ras bords d'une eau pesante, limoneuse, qui dévalerait un chenal à ses exactes dimensions.
Emportés, les murmures, chuchotis, des eaux oisives. Débordantes, elles ont, non moins que les tornades, à faire dans l'urgence : un souffle de puissant déversoir nous l'assure ; une expiration forcée indéfinie. Une retenue rencontrée est franchie en une sorte de « galop volant », quitte à retomber dans un enchevêtrement d'écume acérée, griffue, où l'on croit voir une mêlée de casoars.
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À prendre de la hauteur avec les eaux courantes, ce que je fis plus tard, d'autre images vous viennent. Bordée de vert, une lanière de ciel s'est abattue sur la terre. Pour la flageller ? Pour souligner, de sa platitude, tout ce que le globe a d'accidents – ravins et crêtes, bosselures et cuvettes ? Serait-ce là une veine à nu qui survivrait à un organisme en voie de sclérose, de fossilisation ? Un filon d'argent qui ferait surface pour damasquiner le paysage – ou pour en faire un champlevé ? La touche de bleu acier, de bleu turquoise, dont un Fauve aurait rehaussé un paysage peint en grisaille ?
Par la rivière, ciel et nuages s'invitent sur terre ; ils la rasent comme fait l'hirondelle à l'approche de l'orage. Par elle, s'ouvre, dans la croûte terrestre, une sinueuse crevasse où voir… le jour. Au plus bas du terroir considéré, elle étalonne en hauteur ce qui l'entoure, et d'abord les abrupts rocheux qu'elle fait valoir et dont, longeant leur pied, elle semble l'assise.
Mais surtout – l'insinuante ! – elle a, face à l'obstacle, un discernement sans défaut pour déceler le point où l'adversaire baisse la garde. À nos yeux, nulle pente ne se dessine, ne s'impose en cette composition de buttes, bassins arables, éboulis de villages, au loin.
Féminines, toutes de soumission apparente, les eaux vives s'y fraient un passage par manœuvres de contournement ; elles introduisent la circonlocution dans un réel qui nous parlait tout de go. Elles nous révèlent qu'on peut passer outre à ce qui nous paraît une paroi sans faille.
On les croirait, de haut, apparentées à quelque pierre précieuse – tantôt lazulite, tantôt olivine. C'est tête baissée qu'elles cheminent avec la détermination des oiseaux migrateurs après qu'un signe venu d'au-delà l'horizon et d'eux seuls perçu, eût fait, de leur troupe sans cohésion, un fer de flèche.
*
Rectilignes, l'orée des champs, l'arête des toits, maintes voies de communication. La rivière de plaine, de bassin sédimentaire, y introduit le méandre, figure de la nonchalance, du don gracieux. Elle nous enseigne les vertus du balancement, et ce que l'on gagne à perdre son temps.
Elle appose son paraphe sur le paysage. Aux torrents de foncer au plus droit en bousculant les airs. Elle a, pour envelopper les butes boisées ou ravinées, des arrondis de bras de danseuse kmer.
Elle introduit, dans la nature hirsute, le poli et l'égal ; elle est… faveur de paquet au grossier emballage.
L'homme défriche le terroir. Elle fait prévaloir, par ses berges joufflues de verdure, les droits de l'arborescence, des frondaisons.
Il est des réceptacles terrestres où l'eau, ne trouvant pas d'issue, voue le ciel à la macération. La rivière nous montre qu'en tel bassin qui nous semblait fermé, était une échappée – qu'elle sut trouver. Que la cuvette de roche et de terre que nous croyions étanche, fuyait. Partant, que l'évasion est possible parmi ce qui – champs, demeures et routes –, paraît à jamais fixé.
Elle nous révèle que le ciel n'est pas seul orienté – par une cohorte de nuages, un vol de migrateurs… – mais qu'un fil gouverne les eaux libres, apparentes ou souterraines, et jusqu'aux indolentes, quasi sans penchant, qui ne quittent leurs berges qu'à regret. Un fil non perceptible dans l'espace, mais qui fléchit les herbes aquatiques.
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Hormis celles qui s'amassent et s'évaporent sur place – une dépression argileuse y suffit –, les eaux étroites semblent tôt posséder un sens très sûr du chemin à suivre pour gagner la sortie du labyrinthe. Un chemin au demeurant tortueux car on n'est pas de nature à trancher au plus droit, sauf en recoupant un méandre ancien. Il est même d'usage de se raviser, d'opter pour une autre direction , quitte à se reprendre à nouveau. Reste qu'il est bien un fil du courant qui, avec doigté, va démêler l'écheveau des possibles, en fait de pente, et vous mener, en dépit de mille traverses, d'un amont à un aval.
À chaque confluent, le fil s'affirme en force, en décision. Les eaux qui convergeaient à leur insu y trouvent leur justification, ainsi de foules venues d'horizons divers que draine un même pèlerinage. Une seule visée les anime, pour obscure qu'elle soit – et cela s'agglomère, s'entrelace, se confond ; et fonce, naseaux bas, endigué, sauf par temps de crue, par des berges indifférentes à ce qui passe.
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Les Murmures de l'amour       *
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L'amoureuse
Tes mains sont pour moi un grand mystère, à les voir si bien donner forme à la tendresse. (La forme des fougères, celle du givre aux carreaux.)
D'où vient qu'elles se dirigent sur moi comme si elles me connaissaient de tout temps ? Comme si je n'étais, que pour être défaite par elles ? Cependant qu'avec une égale sûreté, ta voix – une voix de soir – me contourne le cœur…
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L'amoureux
Tu es de ces femmes qui, de leurs pas, déploient sur terre d'immatérielles balustres.
Ai-je dit déjà que tu m'étais, au cœur de l'été, l'ombre végétale ?
Comme la Mathilde de Neruda, tu es de celles qui viennent à vous les paumes pleines de froment.
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François Solesmes, Les Murmures de l'amour, Encre marine.
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samedi

15 décembre Ecrire au féminin VII, Textes (2)



 ECRIRE AU FEMININ VII   
 *
 TEXTES (2 )
*
EN MARGE
DES
« MÉMOIRES D'UNE JEUNE FILLE DÉRANGÉE »
 *
Il est des personnages, des artistes, des écrivains, sur lesquels on a tant écrit, que la plume vous tombe des doigts à la pensée d'ajouter aux gloses dont ils furent l'objet.
Ainsi de Simone de Beauvoir. Mais Michel Onfray l'ayant réduite à ses dimensions, dans son cours de «  Contre-histoire de la philosophie »1, je viens enfin de lire l'ouvrage qu'il cite à plusieurs reprises : Bianca Lemblin, Mémoires d'une jeune fille dérangée, Balland, 1993, et j'y ai trouvé ample confirmation des sentiments que m'inspiraient l'œuvre et la personne de l'auteur du Deuxième Sexe.
L'ouvrage de Bianca Lemblin relate l'amour passionné de la jeune fille pour son professeur de philosophie, Simone de Beauvoir. Laquelle, en bonne rabatteuse, la poussa de sa propre couche dans celle de Sartre – dont elle était la pourvoyeuse en chair fraîche. Il dit son effondrement, sa douleur, quand elle découvre, par le biais de publications posthumes (lettres, journaux, carnets des deux protagonistes), à quel point elle fut manipulée, et en quels termes désobligeants celle qu'elle vénérait convainquit, par jalousie, Sartre à se séparer d'elle – ce qu'il fit avec sa muflerie coutumière.
On pourrait douter de l'objectivité de ces « mémoires » si tant de citations de Michel Onfray prises dans l'œuvre publiée du célèbre couple, ne venaient corroborer les jugements de Bianca Lemblin quant à la duplicité, au cynisme, au machiavélisme de la philosophe. Alliés à un « farouche égoïsme », une « ambition dévorante », un « égocentrisme infantile ». Telle nous apparaît, en maintes circonstances, celle en qui ses dévots voient un parangon de véracité, d'authenticité. Il n'y manque même pas « la violence quand elle se sent menacée », des velléités de racisme envers les Arabes (cela est sensible dans ses lettres à Nelson Algren) et envers les Juifs – ce que perçoit Bianca, d'origine juive. Cette phrase : « Castor [S. de B.] s'accommodait aisément du mal qu'elle faisait aux autres » résumant assez bien sa conduite envers son élève, bon exemple de « ce qu'on jette quand cela vous devient inutile. » (Bianca aurait pu ajouter qu'elle avait la voix coupante de ceux à qui furent chichement départis tendresse, altruisme – et modestie.)
N'importe : on est, pour l'une de ses thuriféraires, « une femme qui fut dans sa vie et demeure dans ses textes une guerrière de lucidité, de l'élégance et de l'honnêteté intellectuelle, de la liberté » (« Les Temps modernes », janvier-mars 2008). Par parenthèse, il est plaisant de voir louer sa lucidité quand on sait les errements politiques du couple à l'égard du communisme, de Cuba, et de cette Chine maoïste à laquelle elle consacra un livre enthousiaste, La longue Marche !
Et la thuriféraire citée de se déchaîner quand parut le livre de Bianca. En substance : Quelle naïveté ou quelle prétention, chez celle qui se pose en victime ! Elle aurait dû savoir que l'on court certains risques à mêler sa vie à celle de gens supérieurs régis par une éthique à leur seul usage. Avoir été l'une des maîtresses de Sartre aurait dû lui être un suffisant titre de gloire. L'adulatrice avait d'ailleurs, dans le numéro des « Temps modernes » mentionné plus haut, défini ainsi la « philosophie » de son icône : « S'acharner à être heureux. Choisir et se choisir, quel qu'en soit le prix. Préférer, à tout, sa liberté, quel qu'en soit, là aussi, le prix. » Ce que devait déjà penser Mme de Merteuil des Liaisons dangereuses.
La fin justifiant les moyens, il suffit de savoir se donner bonne conscience. Une brillante intelligence, réputée, encensée, n'est pas astreinte à la morale du commun. On appartient, par l'esprit, à une caste supérieure qui a des droits ; ce qui justifie l'arrogance péremptoire dont on fait preuve, les libertés que l'on prend avec la vérité, quitte à s'empêtrer dans ses mensonges.
On a la diffamation aisée, le décri prompt et large. Camus en fit les frais, mais aussi bien les écrivains auprès de qui Simone de Beauvoir aurait pu prendre des leçons de style.
On est boulimique de paysages, de monuments, d'œuvres d'art, ainsi que l'attestent les volumes des mémoires, mais comme on est dépourvue de toute sensibilité, hormis pour son moi, mieux vaut consulter un guide touristique si l'on veut se faire quelque idée de… ce qui vaut le détour.
*
« On ne naît pas femme, on le devient ». La formule fit le tour du monde des têtes pensantes. Et combien, certes, étaient disposées à l'entendre, dont la servitude était le lot ; qui avaient, de quelque façon, à souffrir de l'homme ! Combien vouées aux tâches subalternes, prises au piège du mariage, accablées de criailleries d'enfants ! Combien d'humiliées dont on avait bridé, étouffé les dons ; bafoué ou tranché net en elles toute résurgence de la dignité !…
L'assertion était irrécusable et méritait d'être gravée au fronton des établissements scolaires. Elle avait l'autorité du cogito cartésien, d'une vérité révélée. Il faut donc une belle dose d'inconscience à la cinéaste Agnès Varda pour déclarer, dans un entretien, que cette formule « est bonne pour les philosophes », et d'ajouter : « On naît avec un corps de femme […] Être femme, c'est être aimée avec un corps de femme. »
Une pensée assurément simpliste. Néanmoins, parce que, pendant mille pages une femme va écrire sur la condition féminine, il n'est pas superflu d'examiner dans quelle mesure elle était fondée à le faire.
Simone de Beauvoir n'aimait pas son corps. Nous ne songeons pas à le lui reprocher : est-il tant d'hommes pour se rêver pourvu d'un corps qui, de l'adolescence à la ménopause, est soumis à toutes les sujétions de la physiologie féminine et, de surcroît, l'objet de sollicitations importunes, humiliantes ; vulnérable à l'effraction ; gîte d'angoisse à la pensée de l'enfant conçu sans que le cœur y souscrive, et dont on ne se débarrassera qu'en risquant sa propre vie comme il advient encore en maints pays ? Un corps condamné à paraître plaisant puisque vous serez d'abord estimée sur votre apparence, n'importe votre richesse intérieure.
Il reste qu'à entendre disserter sur le sort des femmes, j'accorderais plus de prix à ce qu'en eût dit une Anna Magnani qu'à la compagne de Sartre, « piètre amant » dont Bianca, qui connut sa brutalité et sa goujaterie écrit : « Je sentais bien qu'il était incapable de se laisser aller physiquement, de s'abandonner à une émotion sensuelle. Son intelligence, toujours vigilante, brisait tous les liens entre son esprit et son corps. » (p.56). Celle qui écrit en 1949 Le Deuxième Sexe, et qui n'aime pas son corps, n'aura connu… l'orgasme vaginal qu'avec l'amant américain, si l'on en croit ses lettres à Nelson Algren. (Lequel ne reçut pas, pour autant, une page d'amante extasiée…)
On sait le pacte, imposé d'emblée par Sartre à Simone de Beauvoir, sur l'amour nécessaire et les amours contingentes – ce qui nous vaudra, de celle-ci, une apologie de l'amour libre. Quitte à découvrir que, toute femme libérée qu'on se proclame, on peut connaître les affres d'un sentiment bien bourgeois : la jalousie.
Le mariage est bien sûr condamné : il engendre l'ennui ; il instaure et légalise la domination de l'homme sur la femme. Que n'a-t-elle lu des confessions de lesbiennes avérées : toujours on y trouve une dominante et une dominée, et les scènes – d'abord de jalousie – y ont non moins de virulence qu'entre sexes différents.
Le corps, l'esprit de l'essayiste, exècrent la maternité : l'enfant, grevant une existence qui se veut libre, est un obstacle au plein épanouissement de vos facultés. Au demeurant, l'instinct maternel n'existe pas, ou il est le produit du conditionnement par la famille, les proches, la société.
Ici, entre autres, se manifeste une propension à la généralisation qui fut souvent reprochée à la philosophe. En bref, toute femme, à moins qu'elle n'ait été aliénée par l'homme, ne peut que souscrire à ses prises de position. Elle n'a rencontré, à l'évidence, de femmes qui, dépourvues de ses carences, s'accommodaient assez de leur corps pour rêver d'être aimées en femmes riches de leurs viscères spécifiques et résolues à en payer le prix. La récompense étant, outre de se réaliser à leurs yeux, d'accéder à des sensations à jamais refusées à l'homme.
Il fallait assurément donner conscience au peuple des femmes de son aliénation ; prêcher la conquête de son autonomie – en ne taisant pas que s'accomplir implique plus de refus que d'acquiescements et que, femme, les choix sont plus déchirants que pour l'homme, tant les meilleures de nos compagnes ont de possibilités, de ressources et, partant, d'aspirations contradictoires entre lesquelles devoir opter, à son corps défendant. (Combien de femmes « en vue », illustres, souscriraient au mot amer de Mme de Staël selon lequel, au féminin, « la gloire est le deuil éclatant du bonheur » !)
On ne demandait pas à Simone de Beauvoir de vouloir connaître, comme Simone Weil, la condition ouvrière. Convenons seulement qu'il est plus aisé de devenir femme quand, née dans la bonne bourgeoisie, ayant fait de fortes études, on est auteur fêté, sans souci d'argent, maîtresse de son corps, côtoyant le génie, voyageant à son gré – plutôt que paysanne des hauts-plateaux andins ou hôtesse de caisse dans un grand magasin.
On naît bel et bien femme, ou homme. Et quand la nature a balancé, c'est à grand douleur qu'adolescent, adulte, on s'efforce de conformer le corps, l'allure, à l'identité foncière que l'on croit sienne.
On naît femme et on le devient, par le complet accomplissement de vos dons, de vos desseins, dans la mesure où, à résolution égale (le statut d'objet a tant de séduction !), les circonstances, les mœurs, les lois des hommes, n'y mettent pas obstacle. Ou ce sera au péril de votre vie.
La cause des femmes méritait une avocate qui ne fût pas une infirme du cœur et des entrailles, mais une essayiste ayant la sensibilité, l'équité, la hauteur de vues, la rectitude de vie, d'une Marguerite Yourcenar.
Dommage : il y fallait quelque noblesse ; nous n'eûmes droit qu'à la roture entachée de vulgarité sous-jacente ; on attendait un constant bonheur d'expression, hommage à « la faveur d'être femme » : on nous servit l'une de ces proses tout unies qui nous importent moins, dès le lendemain, que sur l'instant.
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   1 Publiée, en CD, par Frémaux et associés
    2 Voir en annexe 
    3 « Je n'aime pas l'opposition des sexes. Je trouve qu'il y a déjà assez d'oppositions dans le monde sans y ajouter celle-là. Je vois les hommes et les femmes complémentaires. Je ne les vois pas devant nécessairement s'opposer … » (Entretien avec Claude Servan-Schreiber, « F.Magazine », mars 1980)
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ANNEXE
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Extraits d'une lettre de Sartre à Colette Gibert [début 1940?] proposée dans un catalogue d'autographes :
« Je ne t'ai jamais aimée, je t'ai trouvée physiquement plaisante quoique un peu vulgaire, mais j'ai un certain sadisme que ta vulgarité même attirait un peu. Je n'ai jamais – et cela du premier jour – entendu avoir avec toi autre chose qu'une brève aventure.  […]
« J'avais décidé que cette histoire finirait le 1er octobre et tu le savais. […] Depuis longtemps le goût que m'avait inspiré ta personne était tombé, on se lasse du sadisme et de la vulgarité. […]
« Tu dépeins complaisamment nos rapports physiques et tu donnes des détails à faire rougir. Où les as-tu pêchés ? Dans des livres spéciaux ? Je ne me souviens pour ma part que de quelques premiers feux qui venaient surtout de mon sadisme et qui s'éteignirent vite. […] »
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jeudi

1er décembre L'ECRITURE AU FEMININ, VII, 1.



l'écriture au féminin
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vii   textes (1)
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Une lettre
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Monsieur,
Je lis peu mes contemporains : les « classiques » ont tant à nous dire ! Mais une amie m'ayant communiqué votre diatribe contre les « érivaines », je me suis écriée : « Cette charge en règle est d'un misogyne ! » J'étais donc bien décidée à vous dire votre fait, car nous sommes dénigrées à peine entrons-nous en compétition avec vous ! Est-il , au reste, de nos jours, tant d'hommes de lettres qui sachent qu'« écrire est un art » ?
Je viens de lire deux ouvrages d'écrivaines des plus notoires, et je vous communique mes notes de lecture. Elles vous rendront justice. Vous en excuserez la crudité : je me suis mise au diapason !
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Le Marché des amants          
Une pauvreté de vocabulaire désolante (combien de mots ? 200 ? )
Une platitude d'écriture abyssale ; par exemple, dans certaines pages, prises au hasard, j'ai noté 25 « je » (p. 66), 20 (p.80), 14 (p.209). (Pour être dans l'autofiction, on y est !) Cependant que les  « il » surabondent : 19 page 7, 13 page 10…
Ni imagination, ni émotion, ni délicatesse dans les propos ; dans le fond : on se masturbe, on suce, on coïte, sans commentaires. Le dire tout crûment suffit bien !
Ni grossier, ni pervers, cet ouvrage est seulement d'une vulgarité continue, et affligeante.
Et de quoi parle-t-on ? De soi, et de quelques hommes dans des termes où ne passent ni respect, ni tendresse, encore moins les diaprures des sentiments amoureux, ou la fiévreuse variabilité des émotions. Les rencontres charnelles se font quasi sans rime ni raison, autres que celles de la pure animalité. Le monde d'alentour étant réduit à quelques ombres, en guise de faire-valoir.
Aucun projet d'écriture autre que la logorrhée insane de qui se raconte avec toutes les manifestations de sa pauvreté d'esprit et de cœur. Et quelque suffisance : « Voyez comme moi j'ose faire et dire les choses : en femme libre ! »
Bref. De quoi donner la nausée en pensant qu'il y a des éditeurs pour ça, des critiques pour ça, et des lecteurs pour ça : le zéro absolu de la nullité, en fait de sujet, d'écriture, de sensibilité, de sentiment.
Le livre finira dans le grand brasier que j'allume de temps à autre à la campagne pour détruire branchages et hautes herbes ; pas dans la cheminée : j'ai trop de respect pour elle !
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L'Amour, roman         
Là, on change un peu… d'optique, mais la vacuité du propos, elle, ne change guère !
Après les deux premières pages qui, de toute évidence, sont de provocation en même temps qu'elles font office d'hameçon pour le lecteur friand du genre, on se demande où l'on va. Mais apparaît La Rochefoucauld et, avec lui, les relations de couple dans l'Ancien régime. Le temps de comprendre que La Rochefoucauld n'est ici qu'un prétexte littéraire (cela fait bien ! on a des Lettres…) et l'on vous fait tourner en rond, dans un bavardage indéfini, sans aboutissement, dont l'amour ne sortira ni élucidé, ni grandi ; d'autant qu'il semble se réduire, pour l'auteur, à un appel des sexes qui trouverait le plus souvent son exutoire, de façon expéditive, entre deux portes…
Aucun apport strictement et finement féminin. On mime les écrivains masculins ; on fait cru comme eux, pour ne pas être en reste ! On reste à la surface de tout ; on « surfe ».  Aller chercher en soi ce qu'on possède d'essentiel, de spécifique, de très secret, d'irréductible, supposerait un attitude moins complaisante envers sa personne, et plus de travail ; cela exigerait temps et rigueur, toutes choses étrangères à l'auteur qui cède à la facilité avec une complaisance confondante.
Un peu au-dessus du zéro absolu de l'autre « roman » ? Oui, en apparence ; non dans le fond. Dans les deux cas, il y a accumulation de mots redondants, de phrases inutiles, de paragraphes entiers creux, plus vides que vides. On laisse aller sa plume avec une satisfaction de soi, une délectation, qui laissent pantois : est-il possible, quand on est un écrivain édité, lu, d'abdiquer à ce point toute rigueur ? La fréquentation de La Rochefoucauld n'est, à l'évidence, que superficielle ; elle n'a rien appris à l'auteur, puisque la concision des maximes n'eut d'effets sur sa propre écriture. Plus il concentre, plus elle délaye ! C'est de la poudre aux yeux, tout de surface ; glacé comme une vitre, lisse, neutre comme elle.
*
Et je ne dis rien de la… légèreté avec laquelle ces femmes livrent, dans leurs ouvrages, l'intimité de ceux qui leur furent proches. Pour moi, c'est là une manifestation de l'aspect foncièrement égocentrique, égoïste, très réducteur, de l'autofiction ainsi considérée. On déballe tout, sous prétexte que parler de soi conduit à parler des autres, et que la… vérité du propos ne saurait aller qu'avec une totale et radicale sincérité. Et tant pis pour les dégâts collatéraux, seraient-ils ravageurs… Que pèsent-ils, n'est-ce pas, en regard du moi… surdimensionné ? La « vérité » littéraire a ses impératifs !
Des livres haïssables  à tous égards, dont une lectrice sort humiliée.
Ah ! que vous aviez donc raison d'écrire que toutes les femmes ne se reconnaissent pas dans ces sinistres et dérisoires silhouettes !
Pour moi, qui ne dédaigne pas la littérature érotique, je continue à la demander à Lawrence, à l'Apollinaire des Lettres à Lou, au Claude Louis-Combet de Blesse, ronce noire et de l'origine du cérémonial.
La présente lettre n'appelant pas de réponse, je me borne à signer :
                                                                                                               Bénédicte
¶*
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2   Sur la critique
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Les journaux littéraires  devraient être la digue opposée au gribouillage sans conscience de notre temps et au déluge de plus en plus envahissant des livres inutiles et mauvais. Grâce à un jugement incorruptible, juste et sévère, ils flagelleraient sans pitié chaque bousillage d'un intrus, chaque griffonnage à l'aide duquel le cerveau vide veut venir en aide à la bourse vide, c'est-à-dire au moins les neuf dixièmes des livres, et se mettraient ainsi en travers de l'écrivaillerie et de la filouterie, au lieu de les favoriser par leur infâme tolérance, qui pactise avec l'auteur et l'éditeur, pour voler au public son temps et son argent.
                                                                                                       Schopenhauer,
                                                                                       Écrivains et style, 1851.
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3
 *
– « Vous avez dit plusieurs fois que vous n'aimiez pas le roman du Moi, le roman subjectif, mais je pense que tous les romans contemporains sont en quelque sorte subjectifs ?
– Pas tous, pas les très grands. Mais comme il y a très peu de très grands, vous avez raison, presque tous les romans contemporains sont subjectifs, et c'est pourquoi je ne les lis pas. Au bout de quelques lignes, on s'aperçoit que l'auteur dit : "moi, je…", et je ne suis pas particulièrement intéressée dans ce moi, dans ce je. Et le livre, par conséquent, va au panier. »
                                                                                     Marguerite yourcenar
                                                                Portrait d'une voix, Gallimard, p.366.

*  *  *  

VOIX

J'ai, dans l'oreille, la voix de Colette, celle de Yourcenar, de Duras, interrogées par un journaliste ou un critique. C'était, pour elles, l'occasion et de nous éclairer sur leur dernier ouvrage, et de s'élucider elles-mêmes. Et l'on sent bien à leur parole posée, parfois hésitante; à leurs mots choisis avec le scrupule de l'écrivain soucieux de rigueur, que, par le biais d'une question, elles découvraient ou mettaient à nu pour nous un aspect de leur personnalité.
Il faut prendre garde aux voix. Certaines nous atteignent en n'ayant traversé, dirait-on, que des masses osseuses; et nous avons le souvenir de belles caqueteuses dont la tête nous semblait une coque vide où se fût agité, avec frénésie, un grelot. Les voix qui nous retiennent, et d'abord chez les femmes, procèdent d'un réduit charnel que nous ne saurions localiser mais qui a affaire avec les viscères. Par elles, se manifeste un moi chaleureux, indulgent, enclin à l'introspection
*
Nous voici entrés dans un temps de logorrhée universelle. S'édifie une Tour de Babel ayant pour assise toute terre habitée . Et comme chacun y est tout à l'urgence de se faire entendre de la multitude, vous ne pouvez délivrer votre message que dans la précipitation, par formulation elliptique.
Quand Gide, Claudel, Mauriac, s'entretenaient à la radio avec Jean Amrouche, le silence "des espaces infinis" ciselait leurs propos, l'échange relevant de la maïeutique. Certes, un Montherlant, un Chardonne, un Aragon, parlaient... comme un livre, mais les "grands entretiens" que j'évoque et que l'on jugea dignes de paraître en librairie, souffraient les hésitations, suspens, correctifs, retours en arrière. Deux esprits de bonne compagnie dialoguaient comme ils l'eussent fait... aux Enfers, environnés d'illimité.
Les femmes nous ont, à bon droit, fait grief de dédaigner leur parole. À présent qu'elle est partout recueillie, souvent avec faveur, peut-on espérer que les écrivaines interrogées ne nous donnent pas l'impression de la bouteille de mousseux que l'on débouche, ou celle de nous trouver en l'un de ces salons "où l'on cause" – où dévider à... "haut débit", à dents à peine desserrées, des propos qui nous font augurer une écriture à l'image de cette écume de mots?
Car nous nous souvenons de la pensée du poète Pierre Emmanuel, qui vaut si éminemment pour la femme: "Qui veut connaître un homme, qu'il écoute non les mots qu'il dit, mais la musique qu'ils font".   
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15 novembre 2012 L'ECRITURE AU FEMININ VI, 3.


L'ÉCRITURE AU FÉMININ
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VI  SEXE ET CRÉATION
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3
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Aux misogynes d'hier qui assignaient aux femmes, en art, le rôle de pâles disciples, de suiveuses attardées ; qui les voyaient condamnées à la reproduction, quelques-unes, cependant, auront infligé le démenti d'une œuvre qui ne devait à personne. Dira-t-on, comme telle féministe, qu'elles furent « réduites à se désolidariser de leur sexe, à le mettre entre parenthèses, sous peine de se couper de la masse des œuvres écrites (...) » ? Des générations de lecteurs à l'oreille peu sensible ont pu attribuer à une femme les Lettres de la Religieuse portugaise ; mais qui songerait à créditer un homme, des Lettres d'Héloïse, des sonnets de Louise Labé, de l'œuvre de Sand, de Colette ou de Catherine Pozzi ?
À les lire, on ne doute pas, chaque fois, qu'une femme est là (non plus, hélas, qu'à lire Gérard d'Houville ou Gyp !), une femme unique et qui n'a rien renoncé d'elle-même, de ce qui est spécifique de son sexe ; une femme qui ruine la distinction entre ce qui serait plutôt de l'homme : la personne, la conscience, la création, la transcendance..., et ce qui relèverait de sa compagne : l'espèce, l'organique, la reproduction, 1'immanence. Et nul lecteur de bonne foi ne qualifierait ces œuvres d' « ouvrages de dames », alors même qu'il y trouve un regard féminin, une sensibilité féminine, un rapport féminin au monde, à la nature, à l'homme.
C'est que chacun des auteurs invoqués se forgea l'instrument unique, sans répondants, qui le mieux servait son regard, sa sensibilité : un style assez neuf pour nous imposer une vision, féconder notre mémoire, et qui possédât ce que Du Bos appelait « le naturel de la rigueur ». Mais à quelle œuvre importante de femme, au reste, ne s'appliqueraient ces lignes, où il loue l'écriture de Commentaire, de Marcelle Sauvageot : « Si l'intelligence est féminine, en cette acception positive où la qualité de la femme ajoute à 1'immédiateté et à la délicatesse des prises intuitives, l'usage en est viril par l'absence de toute complaisance. »
Bien loin que les femmes aient à se désolidariser de leur sexe pour se faire entendre, c'est leur qualité même de femme qui nous rend précieuses leurs productions dès lors que celles-ci ressortissent à l'art – et la restriction, certes, est essentielle tant à lire maints ouvrages contemporains, nous avons peu souhaité connaître plus avant les furieuses qui s'y exprimaient avec hargne, infantilisme et vulgarité ; tant nous les avons crues incapables de donner naissance à une grande figure féminine, de celles qui peuplent l'imaginaire. Il y faut un autre souffle, une autre carrure, quelque noblesse, un cœur qui ne paraît pas en de tels écrits – lesquels nous persuadent plutôt que leur auteur n'eut que ce qu'il méritait, et qu'il n'est vraiment pas étonnant qu'il ait été mal aimé.
L'art n'a pas de sexe, et il n'y a pas de littérature féminine. Il y a les œuvres qui relèvent de l'universel et les productions mineures ; il y a la littérature et puis, innombrables, les livres sans nécessité. Qu'on soit homme ou femme, il ne faut jamais, portant une œuvre en soi, que se donner jusqu'à l'extrême rigueur les moyens de l'amener au jour. Séraphine de Senlis a en elle un prodigieux monde végétal, floral, qui veut naître. Elle n'a pas appris la peinture ; elle ne dispose d'abord d'aucun appui ; elle est pauvre, solitaire – femme de ménage ! – et voilà qu'en recluse, quasi en hallucinée, elle nous donne une œuvre de génie. (Malraux lui-même, le misogyne, emploie le mot.)
Et ce, sans penser un seul instant à clamer : « Écoute ma différence » ou à revendiquer un art distinct, soumis à d'autres normes que celles de l'homme. Pas plus que ne l'avaient fait avant elle une Louise Labé ou après, une Marie Noël, une Colette, une Marguerite Yourcenar. Il leur suffit bien de manifester la spécificité d'un regard de femme et de nous l'imposer, irrécusable, par sa seule force, sa seule nécessité.
« Écoute ma différence » ? Quel homme, plus ou moins interdit devant un monde qui toujours lui restera fermé, quelque bienveillance qu'il ait pour lui, n'espère voir paraître une œuvre de femme lui révélant, avec une puissance torrentueuse, dans un style aussi efficace, définitif, que les plus grands, les arcanes de cet univers et jusqu'aux tréfonds du « continent noir » ? Quel, ne rêve qu'une femme déroule devant ses yeux, majestueuse, la coulée d'une vie de femme, en sorte que cette vie soit inoubliable, qu'elle accroisse notre constellation de figures féminines – jusqu'ici presque uniquement dessinées par des hommes, ainsi que vous nous le reprochez ? Par parenthèse, s'agissant de figures, quel ne serait pas notre bonheur de rencontrer aussi, dans une grande œuvre de femme, un personnage qui ne soit ni un inconsistant objet de rêves, ni le compagnon buté, brutal, grossier ou fat avec qui on règle ses comptes par fiction interposée. Seulement un homme considéré, rendu dans sa complexité, avec autant de sympathie, d'... inclination, que de lucidité.
Une telle œuvre verra-t-elle le jour ? Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'elle ne sera pas écrite par une femme mesquine et agressive, et non plus par celle qui penserait qu'il suffit de prendre une plume et de s'épancher sans frein. Elle ne saurait naître que d'une haute et vaste vivante, aussi généreuse amie de l'homme que de soi, aussi cérébrale que charnelle, – et qui sache « qu'écrire est un art ».
Reste à se demander si, à posséder cette souveraineté de cœur, d'esprit, de chair, une telle femme ne préférera pas vivre plutôt que créer.
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Les Murmures de l'amour      
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L'amoureuse
Tu vas me revenir. Il faut voir, quand je suis sûre de toi, comme je marche, ouverte et néanmoins dense, le cœur au bord des lèvres – de quoi les hommes s'avisent. Il faut voir comme je brille et me cherche des reflets, des complices, parmi les femmes que je croise…
De tous les mots qui s'accordent à tes retours, celui-ci surtout m'agrée : l'embellie
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L'amoureux
Je voudrais dire le plaisir d'un grand rapide, de sa percée souveraine, de sa trajectoire rigide et moelleuse. On habite le cœur d'un ouragan canalisé, d'une flamme indéfiniment décochée… Mais ce n'est jamais si vrai, n'est-ce pas ?, que lorsque la course est orientée, qu'on se sait attendu, que l'autre est le terme du parcours.
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François Solesmes, Les Murmures de l'amour, Encre marine.
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