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XVII ENCORE UN MOT
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Dirai-je qu'à regrouper par thèmes les extraits de sa correspondance, j'ai moi-même vu se peindre avec un éclat renouvelé, une vigueur accrue, une personnalité qui, pour reprendre Saint-John Perse: "... joignait, à l'honneur d'être, la souveraineté d'aimer!"
D'une nature expansive, enthousiaste, elle fut, dès l'enfance, ardente à vivre. Levée avant l'aube par goût des commencements et sens des privilège, elle salue, lors de ses randonnées matinales dans la campagne, les fougères trempées de pluie et les morilles, le geai et la couleuvre; elle pactise avec chacun des quatre éléments et d'abord avec le vent - dont elle se dit folle.
De même, c'est tôt que se manifeste son refus des conventions sociales, familiales, et qu'elle se conduit en personne qui, ayant à faire, ne peut dissiper en vaines, en languissantes occupations, le temps qui lui est imparti.
Révoltée par l'injustice, la bêtise, la méchanceté, et la jalousie dont l'élève, l'étudiante trop brillantes eurent à souffrir - alors qu'elle ne faisait rien pour s'attirer la bienveillance de ses maîtres -, son mépris à l'égard des professeurs décevants, indignes d'enseigner, pouvant aller jusqu'à l'insolence.
Son père lui ayant inculqué l'exemplarité, elle fera de cette vertu, sans la moindre ostentation, le fondement de ses actes. La vanité lui est, du reste, inconnue; le décri envers soi l'emportant bientôt sur la satisfaction. Si un... noble orgueil anime l'étudiante soucieuse de ne pas décevoir ceux qui mettent en elle leur confiance, cela ressortit à cette "gloire" au sens du XVIIe siècle, que tout être de bonne race se devait d'acquérir et de préserver.
Il va de soi que le mélange de vif amour-propre et d'humilité ne la quitte pas quand elle écrit. Aussi la voit-on juger avec une sévérité extrême ses pages de la veille. (Au vrai, le mot d'extrême la définit en toute circonstance, et il s'accorde avec sa fascination avouée pour les limites, quitte à mettre sa vie en péril.)
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Si le lecteur de la chronique a pu relever, chez Mireille, ces traits de caractère, je suis moins sûr qu'il ait perçu l'étendue, l'ingéniosité de sa générosité. "Ce n'est pas une fille, m'écrivit sa mère, c'est un Saint-Bernard. Elle n'a pas dix-neuf ans et les heures qu'elle a consacrées au service des autres feraient déjà un total honorable dans une vie ordinaire d'adulte. Je crains que nous ne l'ayons bien mal élevée."
Elle devait se défendre des empiètements de la famille, mais ne cessait de supputer quel présent, même le plus déraisonnable, serait le plus apprécié de chacun.
Manquant de temps pour son travail, elle en trouvait pour secourir une camarade dans la peine. Un étudiant absent à un cours la prie-t-il de lui prêter ses notes? En scrupuleuse-née, elle passera plusieurs heures à les recopier afin qu'elles soient parfaitement lisibles et intelligibles pour le lecteur. (Sans doute aura-t-elle, quelques mois avant sa fin, une révolte contre l'étudiante modèle, l'être conforme aux voeux de chacun, mais la subversion fera long feu.)
Quant à sa bonne grâce, à son aménité, à son intelligence du coeur, sa mère m'écrivit qu'elles firent s'exclamer maints et maints après sa mort: "Ah! le sourire de Mireille!"
Mais j'abrège, mon propos tournant à une hagiographie qu'elle n'eût pas goûtée. Et puis, on sait bien que le vrai peut n'être pas vraisemblable.
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Ainsi prend fin cette chronique que je n'avais pas délibéré d'écrire: un site Mireille Sorgue venant d'être crée, il me parut, dès la lecture de la biographie, qu'il ne saurait qu'être intrinsèquement piètre, voire dérisoire (soit, en d'autres termes, "si insignifiant qu'il mérite d'être tourné en ridicule"). Il importait donc d'y parer, ce que je fis, avec le constant souci de revenir aux sources.
Cette chronique s'achève, mais il va de soi que je la reprendrais si je le jugeais nécessaire: j'ai le sentiment de n'avoir encore rien dit!
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1 Recueil de poèmes de Paul Eluard composés après la mort de Nush, sa compagne.
2 Que l'on voudrait donc trouver pareil scrupule chez qui l'a... côtoyée vingt années!
Ce qui exclut les simples curieux et, bien sûr, Celle qui, au mépris des volontés expressément formulées par sa soeur, se prévaut, grâce à la loi, d'un "droit de regard" sur ses écrits.
Droit de regard, je le précise, qui ne saurait porter que sur leur hypothétique diffusion.
Aux termes de la loi, le destinataire d'une lettre est propriétaire de son support matériel. Il ne peut la publier sans l'autorisation du détenteur du droit patrimonial. Lequel, en aurait-il copie, ne peut non plus la publier sans l'accord du destinataire ou de ses exécuteurs testamentaires. Accord qui, en la circonstance, ne serait pas donné, eu égard à certaine réédition de L'Amant (voir chapitre XIV)
Le droit moral de la famille s'exerçant pendant les 70 ans qui suivent la mort de l'auteur, c'est en 2037 que la publication des Lettres inédites, alors tombées dans le domaine public, pourra être envisagée.
Elles n'ont pas plus à craindre le temps que les liqueurs qui vieillissent en fûts de chêne.
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S'ils n'étaient que voraces!
Etudiante, elle s'irritait de quelques pécores et autres énergumènes outrecuidants qui n'avaient de cesse, dans un cours, d'étaler leur sottise. Ils n'étaient alors que quelques-uns, et le silence désaprobateur de l'auditoire abrégeait leurs interventions intempestives.
Avec la mirifique invention du NET, ils sont aujourd'hui légions qui entendent bien que l'univers entier sache qu'ils existent.
L'âme est souvent basse et l'esprit en veilleuse. Fruits secs (et qui le savent), sans une once de sensibilité, nés avec l'envie au coeur, le NET leur a révélé leur vocation: requérir à charge; être l'émule du procureur de La Tête des autres, de Marcel Aymé. Se revancher de sa médiocrité en décriant, en avilissant. Et faire, de la "toile", un cloaque où déverser sa bile, ses sanies et sa fiente.
Avec, en ce qui me touche, la complicité d'une grande âme qui feint de prendre ses distances, mais qui fournit à foison à sa coterie d'affidés, médisances et calomnies - et se pourlèche de la curée.
Faut-il invoquer Guitry: "Si ceux qui disent du mal de moi savaient ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage!" Ou Paul Valéry: "Tous nos ennemis sont mortels" ?
Non, car on m'écrit en manière de bravade: "J'ai tout mon temps." Parole fort imprudente de qui n'a pas médité cet avertissement de cadran solaire: "Il est plus tard que tu ne penses."
Et de m'enjoindre de faire droit à un voeu de Mireille Sorgue quand soi-même on bafoue avec bonne conscience et sans vergogne ses expresses dispositions.
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Non, les autres ne sont pas que voraces, et Elle eût été révulsée de voir ses écrits devenus prétexte, objet, aux mains de sinistres "redresseurs de tort" abusés, excités par la seule qui L'ait "connue" (si l'on peut dire!)
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Quel bonheur, dès lors, de découvrir un blog intitulé "Mireille Sorgue, Autres regards", crée par une femme cultivée, qui, à l'évidence, connaît l'oeuvre par coeur, et par le coeur, et s'emploie humblement, loyalement, à La servir en multipliant les consonances matérielles, spirituelles, des écrits avec la Création et les productions artistiques humaines. La seule postérité que Mireille eût souhaitée.
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